Lake Powell, la pause détente qu’on n’avait pas vue venir

une pause detente a lake powell

On est arrivés à Lake Powell juste avant le coucher du soleil. Sans rien attendre de précis. Juste l’envie de poser le sac. Le road trip durait depuis des jours. New York, notre escale à Las Vegas, les grands canyons, le désert de Buckskin Gulch dans les jambes. Et puis le lac est apparu. Une nappe bleue posée au milieu du rouge.

Si vous cherchez quoi faire pour visiter Lake Powell, autant être franche. Ce n’est pas une destination qui se coche. C’est une destination qui se vit lentement. Voici ce que j’en ai retenu. Le sublime comme le moins glamour.

Falaises rouges et eaux turquoise de Lake Powell

Lake Powell, ce lac qui n’aurait jamais dû exister

Commençons par une vérité qui dérange un peu. Lake Powell est un lac artificiel. Entièrement. Il n’existait pas avant les années soixante. C’est le barrage de Glen Canyon qui l’a créé, achevé en 1963. On a noyé un canyon entier pour ça. Les eaux du fleuve Colorado se sont accumulées derrière le mur. Et le deuxième plus grand réservoir des États-Unis est né.

Son nom rend hommage à John Wesley Powell. Un explorateur manchot, vétéran de la guerre de Sécession, qui a descendu le Colorado en 1869. Sacré bonhomme. Le lac s’étire sur deux États. L’Utah au nord, l’Arizona au sud. Aujourd’hui, il est géré par le parc national de loisirs de Glen Canyon.

Le barrage ne sert pas qu’à faire joli. Il produit de l’électricité. De l’hydroélectricité, injectée sur tout le réseau de l’Ouest américain. J’avais lu autrefois une histoire de turbines qui alimentaient les casinos de Las Vegas. La réalité est plus prosaïque. Mais l’ouvrage reste impressionnant, je vous l’accorde.

Où se trouve Lake Powell exactement

Le point d’ancrage, c’est la ville de Page. Une petite ville d’Arizona. Elle non plus n’existait pas avant le barrage. On l’a bâtie en 1957 pour loger les ouvriers du chantier. Ici, tout tourne autour du lac et du fleuve.

Route vers Lake Powell dans l'Ouest américain
Route vers Lake Powell dans l’Ouest américain

On rejoint Page en voiture, et franchement c’est le seul moyen sérieux. La route traverse un désert magnifique avant de plonger sur le lac. L’aéroport le plus pratique reste Las Vegas, à environ cinq heures de route. Phoenix fonctionne aussi. À deux pas, vous avez les gorges d’Antelope Canyon, taillées dans le grès rouge. On y est allés le lendemain. Juste à côté, Horseshoe Bend dessine son méandre parfait. Le coin concentre beaucoup en peu de kilomètres.

Visiter Lake Powell, par où commencer

Soyons claires sur un point. Visiter Lake Powell sans monter sur l’eau, c’est passer à côté. Le lac se découvre par sa surface. Les criques, les parois, les recoins ne se révèlent qu’en bateau.

La grande marina, c’est Wahweap, près de Page. On y loue de tout. Du petit bateau à moteur au house-boat, ces péniches flottantes où l’on dort à même le lac. C’est l’expérience reine ici. Hors de prix, mais reine. Les retraités américains en raffolent.

En bateau, on peut filer jusqu’à Rainbow Bridge. Un pont de pierre naturel, l’un des plus grands au monde, posé au bout d’une crique. Le genre de chose qui vous coupe la parole. Pour le reste, il y a la baignade, le kayak, les sports de glisse. Et surtout les levers de soleil. À eux seuls, ils valent le réveil aux aurores.

Quand y aller, et la question du niveau de l’eau

Maintenant, le sujet qui fâche. Le niveau de l’eau. Lake Powell a beaucoup baissé. La sécheresse frappe tout le bassin du Colorado depuis des années. En 2022, le lac a touché ses plus bas niveaux depuis sa mise en eau. Les rives reculent. D’anciens repères refont surface.

Résultat, l’expérience change d’une saison à l’autre. Renseignez-vous avant de partir. Certaines rampes de mise à l’eau ferment selon le niveau. Côté météo, l’été est brûlant et bondé. Le printemps et l’automne restent mes saisons préférées par ici. Nous, on y était en mars. Personne, ou presque. Le froid du soir en prime, mais un calme absolu.

Notre nuit sous tente, et Eddy le nomade

Pour dormir, on avait notre tente. Deux kilos, deux duvets, le grand luxe. On a planté le camp sur une plage de sable, au bord de l’eau. À Lake Powell, on campe parfois en posant la voiture directement sur le sable. Lone Rock Beach est réputée pour ça.

Arrivée de nuit pour visiter Lake Powell
Arrivée de nuit pour visiter Lake Powell

Et c’est là que le sable nous a eus. La voiture s’est enlisée. Plantée. Impossible de bouger. Je me souviens avoir pensé que je resterais bien là toute ma vie, remarquez. Le décor aidait beaucoup à relativiser.

Campement face au lac Powell à la tombée du jour
Campement face au lac Powell à la tombée du jour

Des Américains sont arrivés, hilares devant notre malheur. Un pick-up, une bonne corde, et en deux minutes on était dégagés. Cette gentillesse spontanée des gens de l’Ouest, je ne l’ai jamais oubliée.

C’est aussi là qu’on a rencontré Eddy. Un New-Yorkais à la retraite, installé dans son van. Il venait contempler ce paysage chaque jour. Ses rhumatismes allaient mieux en Arizona, nous disait-il. Il connaissait les cinquante États. Tous. Il nous a soufflé ses bons plans pour la suite, avec une modestie de vieux sage. Ces rencontres-là valent dix guides.

Mon avis, est-ce que ça vaut le détour

Lever de soleil sur Lake Powell en Arizona
Lever de soleil sur Lake Powell en Arizona

Alors, on y va ou pas. Mon avis, sans détour. Oui, mais pas pour tout le monde. Lake Powell n’est pas une destination confort. Les prix sur place sont indécents, je le dis comme je le pense. Dénicher un lit correct à tarif honnête relève de l’exploit. Si vous voulez du tout compris et du sans effort, passez votre chemin.

Mais si vous aimez l’espace, le silence, les bivouacs improvisés, alors foncez. Ce lac a quelque chose de presque irréel. Une oasis posée en plein désert. Au matin, la lumière sur les falaises rouges fait oublier le reste. C’est pour ces minutes-là qu’on voyage.

Une dernière chose. Lake Powell n’a de sens que dans un itinéraire plus large. C’est une halte, pas une fin en soi. Glissé entre les grands parcs, après le vertigineux Grand Canyon, avant Antelope Canyon, il prend toute sa valeur. Une respiration au milieu du grandiose.

Le mot de la pro du voyage

Lake Powell, je l’ai aimé pour ce qu’il a d’imparfait. Un faux lac, une vraie émotion. C’est tout le paradoxe de l’Ouest américain. Et c’est précisément ce qui me donne envie d’y retourner.

Dans le Club, je déroule mon itinéraire complet de l’Ouest. Les étapes, les nuits, les adresses que je réserve à mes lectrices.

→ Accéder à la version complète

Commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *