Quand Sylvie du Coin des Voyageurs a lancé le thème « une très belle plage » pour le rendez-vous #EnFranceAussi, j’ai tergiversé longtemps. Des belles plages en France, il y en a un stock. La Bretagne où je retourne sans cesse, les Landes pour leur côté sauvage non aseptisé, la dune du Pilat, les criques de Corse… Et puis Sylvie m’a rappelé que j’avais vécu outre-mer. Alors j’ai arrêté de chercher la plus belle, et j’ai choisi celle qui a une âme : la plage de Rémire-Montjoly, en Guyane.

C’est quoi, une plage avec un supplément d’âme ?
Soyons honnête : j’ai vu beaucoup de plages de sable fin. Des Pavillon Bleu et des sauvages, des lagons et des criques. J’ai habité le lagon de Tahiti, où les plages sont féeriques — au point que j’ai fini par développer un vrai problème psychologique avec le sable que je balayais tous les jours dans mon appartement. Celles de la Réunion sont superbes, même si le sable doré y est bien moins doux qu’on ne l’imagine. Les lagons turquoise de Sainte-Anne en Guadeloupe ou les criques de Martinique sont sublimes. Les plus belles que j’aie jamais vues restent celles des Bahamas et des Seychelles — j’en ai fait un classement des plus belles plages du monde.
Le problème, c’est que les plus belles sont aussi les plus fréquentées. Et qu’une plage parfaite où il n’y a rien à faire d’autre que bronzer, je m’y ennuie en deux heures. Une plage avec un supplément d’âme, pour moi, c’est une plage où il se passe quelque chose. Un paysage qu’on ne peut voir nulle part ailleurs, une histoire de territoire, ou — dans le cas présent — un phénomène naturel qui vous laisse sans voix.
La plage de Rémire-Montjoly, à deux pas de Cayenne
Rémire-Montjoly est la commune voisine de Cayenne, et sa plage s’étire sur plusieurs kilomètres de sable sombre, bordée de végétation, quasiment sans construction. Pas de front de mer bétonné, pas de rangées de transats, pas de vendeurs ambulants. Des familles guyanaises le dimanche, des joggeurs au lever du jour, et le reste du temps beaucoup d’espace.
Une mer dorée, pas turquoise
C’est le premier choc. Ici, l’Atlantique n’est pas bleu : il est ocre, doré, presque cuivré. Ce sont les sédiments charriés par l’Amazone, qui se jette dans l’océan plus au sud et dont les courants remontent toute la côte des Guyanes. Résultat : une eau trouble, chargée, qui prend des reflets d’or spectaculaires en fin de journée.
Si vous venez chercher le lagon translucide et le masque-tuba, vous serez déçu. Si vous acceptez de regarder autre chose, c’est une des plus belles lumières de fin de journée que je connaisse. Le même fleuve qui trouble l’eau ici façonne aussi, plus au sud, les paysages qu’on a remontés en bateau jusqu’à Manaus.
Le sentier des Salines : la plage qui devient mangrove
C’est l’autre raison de venir. À l’extrémité de la plage démarre le sentier des Salines, un site protégé par le Conservatoire du littoral : environ 2,5 km aller-retour, 2 heures en prenant son temps. Le sentier longe d’abord le sable, puis bascule sur des pontons de bois qui traversent une vieille mangrove aux racines aériennes gigantesques. Un carbet sur pilotis permet de s’arrêter pour observer.
C’est une balade facile, faisable en famille, et absolument pas anodine : traverser une mangrove de l’intérieur, on ne fait pas ça tous les jours. À côté, le sentier du Rorota grimpe dans le massif du Mahury (149 m) en longeant les lacs, à travers une forêt où l’on aperçoit parfois des paresseux. Deux randonnées à dix minutes de la plage : c’est exactement ce que j’appelle « autre chose qu’une simple plage ».

Le vrai supplément d’âme : la ponte des tortues luth
Et puis il y a ce qui rend cette plage unique au monde. Entre avril et juillet, avec un pic en mai-juin, les tortues luth — les plus grandes tortues marines de la planète — remontent le sable de Rémire-Montjoly pour pondre. La Guyane est l’un de leurs derniers grands sanctuaires.
Assister à une ponte, c’est une expérience dont on ne se remet pas complètement. Une masse sombre qui sort de l’eau, une respiration de locomotive, une bête d’une demi-tonne qui creuse pendant une heure à quelques mètres de vous. Et, en fin de saison, les bébés qui détalent vers l’océan. On se sent privilégié comme rarement. C’est émouvant, tout simplement.
Quelques règles non négociables si vous y allez :
- Venez à la tombée du jour et jusque vers 23 h, pendant la saison de ponte.
- Pas de flash, jamais. Et pas d’écran de téléphone braqué vers le sable : la lumière désoriente les tortillons, qui s’orientent sur la clarté de l’océan.
- Une lampe torche, oui, mais l’ampoule couverte d’un filtre rouge (un simple sticker suffit).
- Ne jamais approcher de face : on reste derrière l’animal, à distance, et on se tait.
- Passez par un guide ou une association locale sur les plages encadrées : c’est mieux pour vous, et surtout pour elles.
J’ai raconté cette nuit-là en détail — l’attente, le face-à-face, ce que ça change — dans un article entier : la tortue luth en Guyane, une nuit sur la plage que je n’oublierai jamais. Si le sujet vous attire, commencez par là.
Que faire autour de la plage de Rémire-Montjoly
- Les îles du Salut — si c’est le sable blanc et le décor paradisiaque que vous cherchez en Guyane, c’est là qu’il faut aller. Avec, en prime, l’histoire lourde du bagne.
- Les marais de Kaw — une des plus belles sorties nature du département, en pirogue, au lever du jour : j’en parle dans plongée silencieuse au cœur des marais de Kaw.
- Cayenne — le marché du samedi matin, les façades créoles, le fort Cépérou.
- Le reste du territoire — l’itinéraire complet est dans notre road trip en Guyane et dans nos clefs pour un voyage en Guyane. Et si vous vous demandez à quoi ressemble la vie sur place au quotidien, j’ai écrit ma vie en Guyane.
Infos pratiques pour la plage de Rémire-Montjoly
Quand y aller
La saison sèche, de juillet à novembre, offre le meilleur temps. Mais si vous voulez les tortues, il faut venir en saison des pluies, entre avril et juillet — averses courtes et violentes, chaleur lourde, et le spectacle en échange. Mai-juin reste le meilleur compromis.
Y aller
Vol direct Paris-Orly – Cayenne (environ 8 h 30). Rémire-Montjoly est à une dizaine de minutes en voiture du centre de Cayenne. Louez un véhicule : les transports en commun sont anecdotiques et les sentiers se rejoignent en voiture.
Baignade
On se baigne, oui — les Guyanais le font tous les week-ends — mais sans surveillance, dans une eau trouble où l’on ne voit pas ses pieds, avec des courants et un marnage important. Restez près du bord, jamais seul, et méfiez-vous de la marée descendante. Je me suis baignée ici de nuit un 31 décembre : l’expérience était surtout flippante, on sentait les poissons filer entre les jambes sans rien voir. Je ne suis pas certaine de le recommander.
Quoi emporter
Anti-moustiques puissant (obligatoire, surtout au crépuscule et près de la mangrove), chaussures fermées pour les sentiers, casquette, eau, une lampe frontale avec filtre rouge si vous sortez le soir. Côté valise, tout est dans nos accessoires de voyage indispensables, notre sélection de maillots de bain et les meilleurs sacs de plage.
Questions fréquentes
Peut-on se baigner à la plage de Rémire-Montjoly ?
Oui, mais sans surveillance et dans une eau très trouble chargée de sédiments amazoniens. Restez près du bord, tenez compte de la marée et ne vous baignez pas seul.
Pourquoi la mer est-elle marron en Guyane ?
À cause des sédiments charriés par l’Amazone, dont le panache est remonté vers le nord-ouest par les courants le long de toute la côte des Guyanes. L’eau n’est pas sale : elle est chargée d’alluvions.
Quand voir les tortues luth à Rémire-Montjoly ?
La saison de ponte s’étend d’avril à juillet, avec un pic en mai et juin, le soir à partir de la tombée de la nuit. Le détail est dans l’article consacré à la tortue luth en Guyane.
Combien de temps dure le sentier des Salines ?
Environ 2,5 km aller-retour, soit 2 heures de marche avec les arrêts d’observation. Le parcours est facile et accessible en famille.
Y a-t-il de belles plages de sable blanc en Guyane ?
Oui, sur les îles du Salut, au large de Kourou, où le décor est nettement plus « carte postale » que sur la côte continentale.
Et vous ?
Voilà ma réponse au rendez-vous #EnFranceAussi : pas la plus belle plage de France, mais celle qui m’a le plus marquée. Une plage où l’on ne vient pas pour l’eau turquoise, mais pour la mangrove, la lumière dorée et ces géantes qui remontent le sable au mois de mai.
Vous cherchez d’autres idées près de chez nous ? Jetez un œil à nos 10 plus belles destinations en France, au top 10 des plus belles plages européennes ou, pour les jours de farniente assumé, à que faire à la plage.
Et vous, vous en connaissez des plages avec un supplément d’âme ? Racontez-moi en commentaire.

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