L’hôtel des Haras de Strasbourg, j’y ai dormi. Sans intention de critique. Juste pour comprendre ce qui fait revenir les voyageuses depuis 2013. Voilà douze ans que cette adresse occupe les anciennes écuries royales de Louis XV.
Le projet est signé Jouin Manku. Le bâtiment est classé monument historique depuis 1922. Le spa porte la signature NUXE. La brasserie celle de Marc Haeberlin. Sur le papier, tout est cousu pour qui aime le luxe discret avec colonne vertébrale culturelle.
Sur place, c’est plus nuancé. Plus intéressant aussi. Je raconte tout, et je vous donne mon verdict honnête avant la fin.

Hôtel des Haras de Strasbourg, mon avis en deux phrases
J’ai aimé. Pas dans toutes les pièces, pas dans tous les moments. Mais ce que cette adresse propose, on ne le trouve pas ailleurs à Strasbourg. Un décor pensé jusqu’au cuir des têtes de lit. Un calme inhabituel en plein centre. Un petit-déjeuner que je classerais parmi les dix plus marquants de mes voyages français.
Le bémol arrive vite. La rue des Glacières est triste. Pas dangereuse, pas laide vraiment. Juste sans âme. À l’arrivée à pied, on doute. On se demande si on a la bonne adresse. Puis on pousse la grille, et tout bascule.
Le contraste fait partie de l’expérience. À retenir avant de cliquer sur « réserver ».
Un monument historique réveillé par Jouin Manku
Le bâtiment originel date du milieu du XVIIIe siècle. Il abritait les écuries royales de Louis XV. Les remparts médiévaux passaient juste à côté. En 1922, l’ensemble entre au registre des monuments historiques.
Ce n’est qu’en 2010 que les travaux de restauration démarrent vraiment. Le projet est porté par l’IRCAD, l’Institut de Recherche contre les Cancers de l’Appareil Digestif, dirigé par le professeur Marescaux. L’idée tient en trois axes. Un incubateur de start-ups médicales. Une capacité hôtelière haut de gamme. Une brasserie sous signature étoilée.
C’est le studio parisien Jouin Manku qui hérite des aménagements. Patrick Jouin et Sanjit Manku ont déjà signé la salle d’Alain Ducasse au Plaza Athénée. Leur lecture du lieu est obsessionnelle. Le cuir de sellerie, on le retrouvera dans les têtes de lit, les banquettes, jusqu’aux cloisons. La cuisine de la brasserie prend la forme d’un fer à cheval. Détail délicieux pour qui aime les clins d’œil.

Le sophora japonica de la cour intérieure est l’un des plus vieux arbres de Strasbourg. Jouin Manku l’a laissé intact. Cet arbre, à lui seul, justifie un café en terrasse au mois de juin. La lumière s’y plie autrement.
L’ensemble ouvre au public en septembre 2013. Le côté hôtelier est géré par le groupe SOGEHO de Jean-Pascal Scharf. La brasserie reste une entité indépendante. C’est important pour comprendre la suite. Le Guide Michelin le précise sans ambiguïté.
Les 60 chambres et suites, entre cuir de sellerie et lin
Soixante clés, réparties sur quatre niveaux. Quatre étoiles, pas cinq. Le pari de Jouin Manku consiste à éviter le luxe vu cent fois. Pas de marbre veiné. Pas de dorures. Pas de soieries cousues main. À la place, du cuir piqué sellier, du bois clair, du lin et du coton.

La tête de lit courbée enveloppe l’oreiller. Comme une coiffe protectrice. Les designers ont avoué s’être inspirés du voile des sœurs diaconesses, qui ont autrefois soigné les blessés sur ce site. Le détail est anecdotique. Il dit pourtant quelque chose de la méthode. Chaque choix renvoie à une couche du lieu.
La télévision n’est pas dans l’axe du lit. C’est rare, et c’est volontaire. Elle est décalée, ce qui libère un mur pour une banquette. Une amorce de salon. On peut lire là, prendre un appel, ne rien faire surtout. Ce geste change vraiment la sensation de la chambre. On y vit, on n’y dort pas seulement.

À l’étage supérieur, les chambres révèlent des poutres apparentes et une vue plongeante sur la cour des Haras. Ce sont mes préférées. Pour les familles, l’hôtel propose des suites et des chambres communicantes jusqu’à cinq personnes. Une rareté dans un établissement de cette gamme. Pour qui voyage avec enfants, c’est un avantage net.

Les salles de bains sont conçues comme des armoires japonisantes, en bambou clair. On pense aux onsens. Volontairement. Le geste n’est pas anodin pour qui a séjourné dans un ryokan kyotoïte. Sur l’aspect insonorisation, j’ai dormi neuf heures sans entendre mes voisines. C’est rare dans un hôtel de centre-ville.
Le spa NUXE et la piscine de 17 mètres
Le spa des Haras occupe l’ancienne clinique des sœurs diaconesses. C’est un détail historique que Jouin Manku exploite à fond. Le récit visuel renvoie à la médecine chinoise et à la phytothérapie. Plantes médicinales sculptées dans les murs. Lumières filtrées. Silence presque monastique.

La piscine intérieure mesure dix-sept mètres. Ce n’est pas immense, mais c’est largement assez pour un vrai nageur. La température est tenue. L’eau ne sent pas le chlore agressif. Détail qui compte. Si vous aimez comparer, l’hôtel ne figure pas dans mon classement des bassins d’hôtel les plus marquants au monde, mais il joue dans la cour du dessus pour un quatre étoiles français.
Trois cabines de soins NUXE accueillent les massages et les rituels. Le hammam et le sauna prolongent le moment. La salle de sport est plus surdimensionnée qu’attendue. On peut vraiment y faire une séance, pas juste s’étirer cinq minutes pour se donner bonne conscience.
J’y ai passé deux heures un mercredi matin. J’étais seule. La météo de novembre n’incitait pas à courir la Petite France. Cette parenthèse vaut à elle seule le séjour pour qui ne vient que pour se déconnecter.
La Brasserie des Haras, signée Marc Haeberlin
Première précision qui n’apparaît nulle part en grand format. La Brasserie des Haras et l’hôtel des Haras sont deux entités distinctes. Vraiment distinctes. Si vous réservez votre nuit, vous ne réservez pas votre dîner. L’équipe de l’hôtel transmet votre demande à la brasserie, mais ce sont deux factures, deux directions, deux services.
Cette indépendance ne change pas grand chose en pratique. Mais c’est honnête à savoir avant d’arriver.
La carte est signée Marc Haeberlin et François Baur. Marc Haeberlin dirige aussi l’Auberge de l’Ill à Illhaeusern, doublement étoilée au Michelin. La cuisine de la brasserie n’est pas étoilée, et c’est mieux ainsi. On y vient pour manger de la cuisine alsacienne revisitée, pas pour une chorégraphie de pinces. La tarte flambée tient le rang. Le pâté en croûte aussi. Le finger pomme-caramel signé Tinh Tran, la jeune cheffe pâtissière, vaut le détour à lui seul. Toutes ces infos sont confirmées par le site officiel de la brasserie.
L’espace est étonnant. Boiseries courbées, lumière indirecte, et une yourte en cuir véritable qui accueille jusqu’à vingt couverts. Une yourte. À Strasbourg. La terrasse dans la cour intérieure ouvre dès les premiers rayons. C’est là, sous le sophora japonica, qu’on prend un verre en fin d’après-midi.
Le bar suit la même logique. Vrai lieu de rencontre, pas décor pour photo Instagram. On y croise des Strasbourgeois autant que des voyageurs. C’est l’un des seuls bars d’hôtel français où je me suis sentie à l’aise toute seule au comptoir. Vous comprenez ce que je veux dire.
Petit-déjeuner sous la bibliothèque botanique
C’est probablement le plus beau petit-déjeuner d’hôtel que j’ai pris en France ces trois dernières années. Je l’écris en connaissance de cause, j’en teste un par mois en moyenne.

La salle est dominée par un bas-relief sculpté par Pierre-Louis Dietschy. Il représente des plantes médicinales. Trèfle rouge, glycine, fleur de Véronique, plantes de la pharmacopée chinoise. Le mur vibre sous la lumière. Les miroirs sans tain renvoient l’image. C’est théâtral sans être grandiloquent.
Le buffet est cosy. Pains, confitures, miel, charcuteries alsaciennes, fromages locaux, pâtisseries. Le tout en provenance de fermes locales et bio. À la carte chaude, œufs préparés à la demande. Les fruits sont de saison, pas tropicaux par défaut. Un détail que j’apprécie. Pour comparer, j’ai listé ailleurs les petits déjeuners d’hôtels les plus marquants de mes années de voyage.
Le week-end, le service tourne jusqu’à 11 heures. On peut prendre le petit-déjeuner en chambre, dans la salle commune, ou sur la terrasse. La salle commune a ma préférence. Pour la lumière qui traverse le bas-relief, surtout. Pour le bruit doux des conversations aussi. Rien qui agresse, rien qui force la vitesse.

L’emplacement à la lisière de la Petite France
L’adresse exacte est le 23 rue des Glacières, 67000 Strasbourg. Au nord-est de la Petite France. À huit minutes à pied du quartier historique, en théorie.
En pratique, c’est plutôt douze. Surtout en hiver, sur les pavés humides, en valise. Disons-le clairement. La rue des Glacières n’est pas charmante. Elle est calme, propre, bordée de bâtiments fonctionnels. À l’approche, on doute toujours un peu. Une fois passée la grille, on est dans une enclave protégée.
L’avantage du lieu, c’est précisément ce contraste. Le silence est total à l’intérieur. Pas un klaxon, pas un piéton, pas un tram. C’est rare en plein hypercentre strasbourgeois. Les amateurs de design hôtelier reconnaîtront le geste, identique à celui d’autres hôtels qui mêlent mode et design avec une vraie cohérence.
Pour qui arrive en train, la gare TGV de Strasbourg est à dix minutes en taxi. À pied, c’est une vingtaine, faisable. Pour qui arrive en voiture, l’hôtel propose un parking sur place. Une chance, dans un quartier où le stationnement de rue n’existe pratiquement pas.
Si vous comparez avec d’autres adresses françaises de la même gamme, jetez aussi un œil au Normandy Barrière à Deauville. Esprit différent, public différent, mais cohérence de l’écriture hôtelière comparable.
Tarifs et infos pratiques pour réserver
Les tarifs pour une chambre double démarrent autour de 200 euros la nuit en basse saison. Ils grimpent à 350 euros en haute saison ou pendant le marché de Noël. Ces prix bougent selon la disponibilité. Mieux vaut comparer plusieurs canaux. Booking, l’application officielle, et même le téléphone direct, qui réserve parfois des surprises.
L’adresse, je la redonne. 23 rue des Glacières, 67000 Strasbourg. Le téléphone de l’hôtel, le 03 90 20 50 00. Pour la brasserie, le numéro est différent, on appelle le 03 88 24 00 00.
Le parking est sécurisé, accessible directement depuis la cour. Comptez un supplément à la nuit. Les animaux sont acceptés sur demande, avec un supplément également. Je conseille d’appeler avant de réserver en ligne si c’est votre cas.
L’hôtel est sur Booking, sur Tripadvisor (classé quinzième sur les 137 hôtels de Strasbourg), et bien sûr sur son site officiel. C’est par ce dernier qu’on obtient souvent les meilleures conditions, hors promotion ponctuelle.
Mon conseil pour finir. Réservez sur deux nuits minimum. Une seule, on n’a pas le temps d’épuiser le spa, de tester le petit-déjeuner deux fois, et de prendre un verre tard au bar. Trois nuits, c’est le bon rythme pour combiner Strasbourg, l’Alsace des villages, et la déconnexion intégrale dans la cour.
Le mot de la pro du voyage
Le moment où j’ai compris que cet hôtel ne ressemblait à aucun autre tient en trois secondes. J’ai poussé la porte de ma chambre. J’ai vu cette tête de lit en cuir piqué sellier. Et j’ai souri toute seule, comme une enfant. Ce sourire-là, je le compte. Il est rare.
Pour les membres du Club Jet-Lag, j’ai détaillé mes trois chambres préférées sur les 60 disponibles, avec leurs numéros exacts à demander. J’ai aussi posté mes adresses confidentielles à Strasbourg, celles qu’on me transmet entre voyageuses depuis dix ans. Plus le déroulé précis de ma négociation pour le surclassement, qui a marché ce jour-là.
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Droits photos réservés ; Joel Manku

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