Trip-Interview de Valérie Pianelli-Guichard, la femme qui a réveillé Comptoir Sud Pacifique

trip interview de valerie pianelli guichard 265x275 1

Valérie Pianelli-Guichard a le genre d’aplomb qui ne s’invente pas. Une voix douce, une volonté ferme, et une marque qu’elle a reprise par amour pour le voyage et la parfumerie française. Je l’ai rencontrée dans son écrin parisien, entre flacons ambrés et accords marins. On a parlé Comptoir Sud Pacifique, Pacifique justement, et des destinations qu’elle traque encore.

Portrait de Valérie Pianelli-Guichard, dirigeante de Comptoir Sud Pacifique
Portrait de Valérie Pianelli-Guichard, dirigeante de Comptoir Sud Pacifique

Cet entretien date de janvier 2017. Je l’ai relu, mis à jour, étoffé. Parce que ce qu’elle raconte du voyage, du goût et de la sensualité d’un parfum, ça n’a pas pris une ride. Et parce que sa trajectoire de cheffe d’entreprise mérite mieux qu’une archive jaunie.

Qui est Valérie Pianelli-Guichard

Valérie Pianelli-Guichard vit à Paris. Elle dirige Comptoir Sud Pacifique, marque de parfumerie française fondée à la toute fin des années 1970 par Pamela et Frédéric Caillot, deux figures qui rêvaient de bouteilles d’ailleurs. Quand Valérie reprend l’affaire, elle ne fait pas dans la rupture brutale. Elle prolonge. Elle affine.

Ce qui frappe d’emblée chez elle, c’est ce mélange. Cran d’entrepreneuse et douceur d’esthète. Elle parle vite mais sans précipitation. Elle écoute mieux qu’elle ne parle. Et elle a un truc rare. Elle croit vraiment qu’un parfum peut transporter quelqu’un à six mille kilomètres de son bureau.

Sa trajectoire personnelle, je la résume. Études, premier poste dans l’industrie cosmétique, et puis l’occasion de Comptoir Sud Pacifique se présente. Elle saisit. Pas par opportunisme, par adhésion réelle à l’ADN voyageur de la maison. C’est ce qui change tout.

Comptoir Sud Pacifique, une marque qu’elle a fait renaître

Pour comprendre Valérie, il faut comprendre la boutique parisienne de Comptoir Sud Pacifique qu’elle vient d’inaugurer. L’écrin est blanc cassé. Le bois est clair. La lumière entre comme dans une véranda d’été. Aucun comptoir surchargé, aucune vendeuse pressante.

La marque a toujours fonctionné sur un principe simple. Chaque flacon est une carte postale olfactive. On entre dans Aqua Motu Intense et on est sur une plage du Pacifique. On respire Cœur d’Ylang et le sable chaud passe sous les pieds. Epices Sultanes vous lâche au Grand Bazar d’Istanbul, plus ou moins littéralement.

Les parfums signature qu’elle défend

Aqua Motu Intense reste mon préféré. Un accord marin propre, sans la lourdeur saline qu’on retrouve souvent dans les fragrances marines mal calibrées. Cœur d’Ylang fait dans le tropical assumé, fleuri et chaud, parfait quand l’hiver parisien vous use. Epices Sultanes ose. Cumin, cardamome, cannelle, et un sillage qui dure des heures.

Il y a aussi tout un pan plus discret. Des eaux fraîches. Des fragrances boisées. Des hespéridés acidulés avec mandarine, pomelo, fleur d’oranger. La gamme couvre un spectre large sans jamais tomber dans le générique. C’est ce qui distingue une marque d’auteur d’une marque qui vend juste du parfum.

La philosophie olfactive de la maison

Ce que Valérie défend, c’est une idée simple. Un parfum doit raconter un endroit. Pas une humeur, pas une saison, un endroit. Et cet endroit doit être suffisamment précis pour qu’on le reconnaisse en fermant les yeux. C’est plus dur que ça en a l’air. La plupart des grandes maisons font l’inverse aujourd’hui. Elles vendent des concepts marketing avant de vendre une odeur.

Le pari de la marque, c’est de rester fidèle au geste artisanal. Les compositions sont signées par des nez français, les essences sont sélectionnées avec soin, et le packaging évite la surenchère. On reste dans un luxe discret, le genre qu’on offre à une amie sans qu’elle ait l’impression qu’on en a trop fait.

Pour celles qui voudraient explorer plus largement, j’ai compilé une sélection des parfums qui font voyager sur le blog. Comptoir Sud Pacifique y a sa place naturelle, aux côtés de marques de niche moins accessibles.

Ses destinations de cœur et son rapport au voyage

Quand on lui demande ses destinations favorites, Valérie ne tergiverse pas. Trois noms sortent. Le bassin d’Arcachon, où elle file les week-ends. Les Antilles, qu’elle aime hors-saison. New York, parce que la ville lui injecte de l’énergie quand elle s’épuise à Paris.

Le bassin, ça m’a intriguée. Beaucoup parlent de la Côte d’Azur, peu choisissent Arcachon. Elle aime ce mélange précis. Pinède, océan, huîtres au coucher du soleil, et une foule plus mesurée que sur la Riviera. Une amie commune m’a confirmé qu’elle y passe presque tous ses week-ends en hiver. C’est une vraie habituée, pas une vitrine.

Elle crève d’envie d’aller à Atins, au Brésil. Une bande de terre minuscule à l’extrême nord-est du pays, posée entre dunes blanches et lagunes. Je n’y suis jamais allée. Mais l’idée d’un endroit aussi peu touristique m’a fait noter le nom sur trois carnets différents. Je n’aime pas quand des destinations comme ça restent confidentielles trop longtemps. Elles vont finir saturées, c’est mécanique.

Et puis il y a son refuge d’hiver. Saint-Martin en plein hiver, qu’elle ne se lasse jamais de retrouver. Elle dit cette phrase et je la comprends parfaitement. Certains endroits ne s’épuisent pas. On y retourne et le sable a toujours la même couleur.

Il y a aussi la liste des refus. Valérie n’y retournera jamais. Moscou en janvier. Elle déteste le froid, sauf en montagne. Cette franchise me plaît. La plupart des chefs d’entreprise répondent diplomatiquement à ce genre de question. Elle, non. Elle a vu, elle a tranché, elle assume.

Trip-interview, ses essentiels en voyage

J’ai voulu garder le format trip-interview originel, parce que c’est dans les détails concrets qu’on lit vraiment quelqu’un. Voici ce qu’elle m’a confié sur ses habitudes de voyageuse, mises à jour à l’occasion de cette relecture.

Ses indispensables en cabine

Une pile de magazines. Sa crème hydratante. Quelques flacons de parfum. Voilà ce qu’elle embarque toujours. Pas de gadget tech, pas d’oreiller cervical. La sobriété d’une habituée. Son look en voyage, elle le décrit en quatre mots. Cool avec du style. Ce qui veut tout dire et rien dire, mais quand on la voit, on comprend. Une marinière, un pantalon souple, une paire de ballerines, des bijoux discrets. La formule fonctionne depuis vingt ans.

Sa paire de ballerines justement, elle ne part jamais sans. Détail révélateur. Une femme qui marche beaucoup dans les villes qu’elle visite, et qui refuse l’inconfort comme une fatalité de la féminité. J’approuve sans réserve.

Ses rituels de voyage

Pour se détendre en avion, elle lit et laisse divaguer son esprit. Aucun écran. C’est rare. Elle aime aussi échanger avec les habitants des lieux qu’elle visite, autant que possible. Quand elle débarque dans une ville nouvelle, elle part en balade immédiatement. Pas de sieste, pas de check-in lent.

Sa devise en voyage tient en quelques mots. S’accommoder des coutumes locales. C’est une phrase qu’on entend partout. Mais chez elle, ça se traduit par quelque chose de concret. Elle parle plusieurs langues, elle s’adapte aux tenues, elle goûte tout. La voyageuse qui se plaint de la cuisine étrangère l’irrite profondément.

Ce qu’elle ramène de chaque destination, c’est révélateur aussi. Huiles essentielles, cosmétiques locaux, beaux objets étranges. Et toujours des parfums rares. Surtout d’inspiration orientale. Pour elle, le parfum est le symbole même de la féminité. Sur ce point, on peut débattre. Moi, j’y vois plutôt une forme d’intimité publique, un signal qu’on choisit d’envoyer. Mais elle a probablement raison sur le fond.

L’expérience la plus étrange qu’elle ait vécue en voyage, ce sont les aurores boréales en Islande. Réponse classique, dirait-on. Sauf que quand elle en parle, elle décrit la lumière, le bruit du vent, et le silence qui suit. Pas la photo Instagram. Le moment.

Pour creuser le sujet des essentiels voyage, allez voir aussi les essentiels en voyage de Maathiildee, dont l’approche est très différente. Côté beauté en voyage, Magali Bertin, qui a aussi son rapport singulier aux fragrances, complète bien le portrait.

Ce que j’ai retenu de cette conversation

Valérie Pianelli-Guichard n’essaie pas de plaire. C’est ce qui m’a marquée. Dans un secteur où les dirigeants s’entraînent à dire la bonne phrase au bon moment, elle assume ses goûts et ses refus. Moscou en janvier, non. Atins au Brésil, oui. Le bassin d’Arcachon presque tous les week-ends, sans rougir.

L’autre chose qui m’a frappée, c’est l’alignement entre ce qu’elle fait et ce qu’elle est. Quelqu’un qui prend la tête d’une marque de parfumerie française autour du voyage et qui, par ailleurs, voyage tout le temps. Ça paraît évident sur le papier. Ça ne l’est jamais en réalité. La plupart des dirigeants vendent ce qu’ils ne consomment pas.

Si vous ne connaissez pas Comptoir Sud Pacifique, je vous recommande Aqua Motu Intense en première approche. C’est l’accord marin le mieux exécuté que je connaisse dans cette gamme de prix. Si vous voulez quelque chose de plus audacieux, foncez sur Epices Sultanes. Vous risquez de ne plus pouvoir vous en passer.

Pour découvrir la gamme complète, le site officiel de la maison se trouve sur comptoir-sud-pacifique.com. Les boutiques parisiennes restent les meilleures portes d’entrée, parce qu’on y sent vraiment les eaux de toilette sans la lourdeur d’un parfum de grand magasin.

Cet entretien fait partie d’une série plus large que je consacre aux femmes qui font le voyage et le luxe à leur façon. Vous trouverez d’autres portraits en bas de cette page. Chaque trip-interview suit le même protocole. Les mêmes questions, des réponses très différentes, et toujours cette idée que le voyage révèle plus qu’il ne distrait.

Le mot de la pro du voyage

Ce que je retiens vraiment de Valérie Pianelli-Guichard, c’est cette phrase qu’elle a glissée à la fin de notre conversation. Elle m’a dit qu’un parfum bien choisi vaut tous les souvenirs photo qu’on rapporte d’un voyage. Sur le moment, j’ai trouvé la formule un peu chic. Et puis, six mois plus tard, en rouvrant un flacon d’Aqua Motu chez moi un matin gris, j’étais à Saint-Barth. Aussi fort. Aussi net. Elle avait raison.

Pour celles qui veulent aller plus loin, j’ai rassemblé dans le Club Jet-Lag mes recommandations personnelles de marques de parfumerie d’auteur, mes carnets de voyage olfactifs, et des comparatifs détaillés que je ne publie pas sur le blog. C’est l’espace où je raconte les choses sans filtre, et où je liste les adresses que je garde habituellement pour mes amies.

→ Accéder à la version complète

Commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *