Road-trip en Argentine : découvrir Ushuaïa

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Il y a des noms qui font rêver avant même qu’on y soit allée, et Ushuaïa en fait partie. La ville la plus australe du monde, posée entre le canal Beagle et une chaîne de montagnes enneigées, au bout de la route 3 — trois mille soixante-dix-neuf kilomètres après Buenos Aires. C’est le point final d’un road-trip en Argentine, et honnêtement, on ne pouvait pas rêver meilleur point final.

Ushuaïa, la ville du bout du monde

On atterrit — ou on débarque après des jours de bus — dans une ville accrochée à la pente, face à l’eau. Derrière, les montagnes de la cordillère Martial ferment l’horizon, souvent blanches même en été. Devant, le canal Beagle, gris ou bleu selon l’heure, avec la Terre de Feu chilienne en face.

La ville en elle-même n’est pas belle au sens classique du terme. C’est un port, avec des entrepôts, des boutiques de souvenirs sur l’avenue San Martín, et des bateaux qui partent pour l’Antarctique. Mais il s’en dégage quelque chose de particulier : on est au bout, et on le sent.

Le panneau Fin del Mundo, sur le port, est le cliché obligatoire. Il y a la queue. Faites-le quand même, vous serez contente de l’avoir.

Le parc national Terre de Feu

C’est l’incontournable, à une dizaine de kilomètres à l’ouest de la ville. Le parc national Tierra del Fuego descend jusqu’à la mer, et c’est là que la route nationale 3 s’arrête pour de bon, à Bahía Lapataia. Un panneau annonce la distance jusqu’à Buenos Aires. C’est bête, mais on reste planté devant.

Le paysage n’a rien à voir avec le reste de l’Argentine : forêt de lengas et de ñires, tourbières spongieuses, baies calmes, castors — introduits dans les années quarante et devenus une plaie locale, mais leurs barrages sont impressionnants.

La plus belle marche est la Senda Costera, qui longe le rivage sur environ huit kilomètres entre Bahía Ensenada et Lapataia. Comptez trois heures, sans difficulté particulière, avec la mer à votre gauche tout du long. Si vous avez moins de temps, les petites boucles autour de Lapataia se font en une heure.

Naviguer sur le canal Beagle

Deuxième immanquable, et de loin ce qui m’a le plus marquée. Les bateaux partent du port en fin de matinée ou en début d’après-midi pour trois à quatre heures de navigation.

  • L’Isla de los Lobos — un caillou couvert d’otaries vautrées les unes sur les autres, bruyantes et parfaitement indifférentes au bateau.
  • L’Isla de los Pájaros — les colonies de cormorans, par centaines.
  • Le phare Les Éclaireurs — la petite tour rouge et blanche sur son îlot, celle de toutes les cartes postales. Ce n’est pas le « phare du bout du monde » de Jules Verne, contrairement à ce qu’on vous dira sur le bateau, mais il est très beau.
  • L’Isla Martillo et ses manchots — seulement sur certaines excursions, et seulement d’octobre à mars. Des manchots de Magellan par milliers. Si la saison le permet, prenez cette formule-là plutôt que la courte.

Couvrez-vous beaucoup plus que vous ne le pensez. Sur le pont, avec le vent et l’humidité, il fait un froid mordant même en janvier.

Le musée du bagne

On a tendance à l’oublier : Ushuaïa est née comme colonie pénitentiaire. L’Argentine y envoyait ses condamnés au début du XXe siècle, précisément parce qu’on ne s’en évadait pas. Ce sont eux qui ont construit la ville, et le petit train.

Le Museo del Presidio, installé dans l’ancienne prison, se visite aile par aile : une partie laissée en l’état, glaçante, et une partie transformée en musée maritime. Prévoyez deux bonnes heures. C’est la visite à faire s’il pleut — et il pleut souvent.

La randonnée de la Laguna Esmeralda

Si vous ne devez faire qu’une marche autour d’Ushuaïa, c’est celle-là. Le départ se trouve à une vingtaine de kilomètres au nord de la ville, sur la route 3. Le sentier traverse une forêt, puis une vaste tourbière — c’est là que ça se corse — avant de déboucher sur une lagune d’un vert laiteux, au pied d’un glacier.

Comptez quatre heures aller-retour, sans gros dénivelé mais avec de la boue. Beaucoup de boue. Des chaussures étanches, ou des bottes qui se louent en ville : ce n’est pas du folklore, on s’enfonce parfois jusqu’au mollet.

Le train du bout du monde, oui ou non ?

Le Tren del Fin del Mundo est un petit train à voie étroite qui reprend le tracé emprunté par les bagnards pour aller couper du bois. Le trajet dure environ une heure, jusqu’à l’entrée du parc national.

Très sincèrement : c’est cher, c’est court, et le paysage se voit aussi bien depuis la route. Avec des enfants, ou par curiosité historique, pourquoi pas. Sinon, mettez cet argent dans la navigation sur le canal, vous en aurez dix fois plus pour votre argent.

Infos pratiques pour Ushuaïa

Combien de temps rester

  • Deux jours : le minimum. Le parc national une journée, la navigation sur le canal l’autre.
  • Trois à quatre jours : le bon format. On ajoute la Laguna Esmeralda et le musée du bagne, et on garde une marge pour la météo.
  • Gardez toujours un jour tampon. Les sorties en bateau sont annulées dès que le vent se lève, et ça arrive souvent.

Quand y aller

L’été austral, de décembre à février, pour les randonnées, les manchots et les journées interminables — il fait jour jusqu’à très tard. Le printemps et l’automne sont plus calmes et plus beaux en couleurs, mais plus capricieux. L’hiver, de juin à septembre, c’est la saison du ski à Cerro Castor. Le reste de la question est traité dans mon article sur quand partir en Patagonie.

Dans tous les cas, il fait froid et il y a du vent. Partez du principe qu’il peut faire les quatre saisons dans la journée, et habillez-vous en couches.

Y aller

L’avion depuis Buenos Aires est le plus rapide, trois heures et demie environ. Par la route, c’est une expédition : il faut passer deux fois la frontière chilienne et prendre un ferry pour traverser le détroit de Magellan. C’est long, mais c’est une sacrée traversée — je raconte notre méthode dans voyager en bus en Argentine.

Manger

La spécialité, c’est la centolla, le crabe royal de Patagonie. Ce n’est pas donné, mais c’est le genre de chose qu’on ne mange qu’ici.

Où dormir

De manière générale, logez dans le bas de la ville si vous êtes sans voiture : les rues grimpent très fort et tout se fait à pied depuis l’avenue San Martín.

Questions fréquentes sur Ushuaïa

Ushuaïa est-elle vraiment la ville la plus australe du monde ?

C’est la ville la plus australe, oui. Puerto Williams, côté chilien, se trouve plus au sud encore, mais c’est un bourg de quelques milliers d’habitants. Ushuaïa reste la seule vraie ville à cette latitude.

Peut-on voir des manchots à Ushuaïa ?

Oui, sur l’Isla Martillo, dans le canal Beagle, d’octobre à mars environ. Il faut choisir une excursion qui va jusque-là : les navigations courtes s’arrêtent au phare et ne voient aucun manchot.

Combien de jours faut-il prévoir ?

Trois jours pleins, idéalement quatre. Deux suffisent pour l’essentiel, mais vous n’aurez aucune marge si le vent annule votre sortie en bateau — et c’est fréquent.

Le train du bout du monde vaut-il le coup ?

Pas à mon avis, sauf avec des enfants ou pour l’intérêt historique. Le trajet est court et cher, et le parc national se découvre bien mieux à pied.

 

Découvrir les visuels

Colonie de cormorans sur un îlot du canal Beagle face aux montagnes enneigées, Ushuaïa
L’Isla de los Pájaros et ses colonies de cormorans, sur le canal Beagle.
Ushuaïa et les sommets enneigés se reflétant dans l'eau calme à la fin du jour
Le bout du monde, un soir sans vent — ça n’arrive pas si souvent.
La ville d'Ushuaïa vue depuis le canal Beagle, adossée aux montagnes enneigées
Ushuaïa, coincée entre le canal et la cordillère Martial.

 

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