Salta et la Quebrada de las Conchas : la route 68 vers Cafayate

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Entre Salta et Cafayate, la route nationale 68 traverse une gorge de grès rouge sculptée par l’érosion : la Quebrada de las Conchas. Cent quatre-vingt-cinq kilomètres qu’on peut avaler en trois heures, ou étirer sur une journée entière — et c’est évidemment ce qu’il faut faire. C’est l’une des plus belles routes d’Argentine, et elle se termine dans les vignes.

Salta, la ville-base du nord-ouest argentin

On la surnomme Salta la Linda, Salta la jolie, et pour une fois le surnom n’est pas usurpé. C’est la ville la mieux conservée du nord-ouest, avec un centre colonial compact qui se visite entièrement à pied. C’est aussi le point de départ logique de toutes les excursions de la région : la Quebrada de las Conchas au sud, la Quebrada de Humahuaca au nord.

Le centre colonial

Tout tourne autour de la Plaza 9 de Julio, bordée d’arcades et de terrasses. La cathédrale, rose bonbon, occupe un côté de la place. Mais le vrai morceau, c’est l’église San Francisco, à deux rues de là : une façade ocre et bordeaux surchargée, avec un clocher qui monte très haut. On ne peut pas la rater, et elle ne ressemble à rien d’autre.

Le MAAM, le musée qui marque

Le Musée d’archéologie de haute montagne, sur la place, abrite les momies des enfants du Llullaillaco : trois enfants incas sacrifiés il y a cinq siècles et retrouvés à plus de six mille mètres d’altitude, conservés par le froid avec une précision qui met mal à l’aise. Un seul est exposé à la fois, en rotation.

Je préviens : c’est une visite éprouvante. On sort de là silencieux. Mais c’est sans doute le musée le plus marquant de tout le nord-ouest, et le contexte archéologique est très bien expliqué.

Le Cerro San Bernardo

Pour prendre la mesure de la ville, montez au Cerro San Bernardo : un téléphérique part du parc San Martín, ou vous grimpez l’escalier à pied si vous avez les jambes. En haut, la vallée de Lerma s’étale, et par temps clair on voit très loin.

Paroi de grès stratifiée et collines rouges de la Quebrada de las Conchas, Argentine
Paroi de grès stratifiée et collines rouges de la Quebrada de las Conchas, Argentine

La Quebrada de las Conchas, la route 68 vers Cafayate

On quitte Salta plein sud, et pendant une bonne centaine de kilomètres, il ne se passe pas grand-chose : des champs de tabac, des villages. Ne vous découragez pas. Après Alemanía, le paysage bascule d’un coup. La route entre dans la gorge creusée par le Río de las Conchas — à sec la majeure partie de l’année — et les parois deviennent rouges.

Sur la cinquantaine de kilomètres qui suivent, l’érosion a taillé le grès en formes que les Argentins ont toutes baptisées. Elles sont signalées depuis la route, avec des aires de stationnement. On roule dix minutes, on s’arrête, on repart. C’est le rythme.

Les arrêts à ne pas rater

  • La Garganta del Diablo — une faille étroite dans laquelle on s’enfonce à pied sur quelques dizaines de mètres, entre deux parois rouges qui se resserrent. Le plus impressionnant des arrêts.
  • El Anfiteatro — une cavité circulaire ouverte vers le ciel, avec une acoustique remarquable. Il y a presque toujours un musicien qui joue à l’intérieur. Restez-y cinq minutes, ça vaut le coup.
  • Los Castillos — des formations qui évoquent des tours et des remparts, visibles depuis la route.
  • El Obelisco et El Fraile — deux monolithes isolés, arrêts rapides.
  • Los Colorados — un ensemble de collines rouge vif où partent plusieurs petits sentiers. Le meilleur endroit pour marcher un peu au lieu de rester au bord de la route.
  • Les miradors (Tres Cruces, Los Estratos) — pour la vue d’ensemble sur la gorge et les strates inclinées.

Un conseil de sens de circulation : faites la route de Salta vers Cafayate le matin, ou dans l’autre sens en fin de journée. La lumière prend les parois de face à ces moments-là ; à midi, tout s’aplatit et le rouge vire au beige sur les photos.

Le rocher El Sapo et son panneau, formation de la Quebrada de las Conchas
Le rocher El Sapo et son panneau, formation de la Quebrada de las Conchas

Cafayate et le torrontés

La gorge débouche sur Cafayate, petite ville posée à environ mille sept cents mètres d’altitude au milieu des vignes. C’est la capitale du torrontés, un blanc sec très aromatique qu’on ne trouve vraiment qu’ici. L’altitude, l’amplitude thermique et l’ensoleillement donnent des vins avec un caractère qu’on ne retrouve pas à Mendoza.

Plusieurs bodegas se visitent, certaines à pied depuis le centre, d’autres à quelques kilomètres. Les dégustations sont bon marché et sans chichi. Le Museo de la Vid y el Vino explique bien le cycle de la vigne en altitude si le sujet vous intéresse.

La curiosité locale à tester : la glace au vin, servie sur la place principale, en torrontés ou en cabernet. C’est exactement aussi bizarre que ça en a l’air, et franchement pas mauvais.

Cafayate se visite en une demi-journée. Mais y dormir change tout : ça vous laisse faire la Quebrada tranquillement à l’aller, et la refaire dans l’autre lumière au retour.

Le rocher El Sapo et son panneau, formation de la Quebrada de las Conchas
Le rocher El Sapo et son panneau, formation de la Quebrada de las Conchas

Infos pratiques

Combien de temps prévoir

  • Une journée aller-retour depuis Salta : faisable, c’est ce que vendent toutes les agences. Mais vous passerez huit heures en voiture et vous bâclerez Cafayate.
  • Deux jours avec une nuit à Cafayate : le bon format. La gorge à l’aller, les bodegas le lendemain matin, retour dans l’après-midi.
  • Trois jours : si vous voulez pousser vers les Valles Calchaquíes et Cachi par la Cuesta del Obispo, qui est une autre route et un autre monde.

Quand y aller

La saison sèche, d’avril à novembre. L’été austral (janvier-février) est la saison des pluies : les orages sont violents, et le Río de las Conchas, à sec le reste de l’année, peut se remettre à couler et couper la route. C’est rare mais ça arrive — renseignez-vous avant de partir en cas de gros temps.

Se déplacer

La voiture de location est de loin la meilleure option : la 68 est goudronnée et en bon état, et toute la logique de cette route repose sur la liberté de s’arrêter quand on veut. Une citadine suffit largement, pas besoin de 4×4.

Des bus relient aussi Salta à Cafayate en environ quatre heures, mais ils ne s’arrêtent pas aux formations : vous traverserez la gorge par la fenêtre. Les excursions organisées à la journée, elles, s’arrêtent partout mais vous imposent leur rythme.

Faites le plein à Salta ou à Cafayate : il n’y a rien entre les deux. Emportez de l’eau, il n’y a pas non plus de commerce dans la gorge.

Où dormir

À Salta, logez dans le centre historique, autour de la Plaza 9 de Julio : tout se fait à pied et les peñas, ces bars à musique folklorique où l’on mange des empanadas, sont dans le quartier. À Cafayate, l’offre va de l’auberge simple à la finca au milieu des vignes.

Buttes de grès rouge aux strates blanches dans la Quebrada de las Conchas, route 68
Buttes de grès rouge aux strates blanches dans la Quebrada de las Conchas, route 68

Questions fréquentes

Quelle distance entre Salta et Cafayate ?

Environ cent quatre-vingt-cinq kilomètres par la route nationale 68, soit trois heures sans s’arrêter. Avec les arrêts dans la Quebrada de las Conchas, comptez la journée.

Faut-il un 4×4 pour la Quebrada de las Conchas ?

Non. La route 68 est entièrement goudronnée et les aires de stationnement sont en bord de route. Une voiture de tourisme classique fait parfaitement l’affaire.

Quebrada de las Conchas ou Quebrada de Humahuaca ?

Les deux, si vous pouvez. Ce sont deux gorges très différentes : las Conchas joue sur le grès rouge et les formes sculptées, avec les vignes au bout ; Humahuaca est plus haute, plus austère, avec ses montagnes rayées de quatorze couleurs et ses villages andins. Si vous devez trancher, Humahuaca impressionne davantage, las Conchas se parcourt plus facilement.

Le torrontés, c’est quoi ?

Un cépage blanc argentin, dont Cafayate est la région de référence. Très parfumé au nez — fleurs blanches, agrumes — et pourtant sec en bouche, ce qui déroute à la première gorgée. Les dégustations en bodega sont bon marché.

Paroi de grès stratifiée et collines rouges de la Quebrada de las Conchas, Argentine
Paroi de grès stratifiée et collines rouges de la Quebrada de las Conchas, Argentine

La suite du voyage

De retour à Salta, la route continue plein nord vers Jujuy et l’autre grande gorge de la région : celle de la Quebrada de Humahuaca, ses villages andins et la montagne aux quatorze couleurs.

Forêt de cactus cardones sous un ciel bleu, nord-ouest argentin
Forêt de cactus cardones sous un ciel bleu, nord-ouest argentin

Commentaires

Une réponse à « Salta et la Quebrada de las Conchas : la route 68 vers Cafayate »

  1. […] 3 — trois mille soixante-dix-neuf kilomètres après Buenos Aires. C’est le point final d’un road-trip en Argentine, et honnêtement, on ne pouvait pas rêver meilleur point […]

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