Région des lacs au Chili : Huerquehue, le volcan Osorno et les Saltos de Petrohué

dans la region des grands lacs

Des volcans parfaits posés au bord de lacs immenses, des forêts d’araucarias, des villages aux airs de Bavière et des cascades couleur menthe : la région des lacs est la partie du Chili que l’on traverse trop vite. Voici ce que j’y ai marché, ce que j’y referais, et ce que j’éviterais.

Nous roulions vers le sud, avec des volcans de tous les côtés. Impossible de ne pas s’arrêter pour aller voir. Restait à choisir lequel : le parc national Villarrica, ou le parc national Huerquehue. Nous avons choisi le second, et c’était le bon choix — pour une raison que je ne soupçonnais pas.

La région des lacs en bref

  • Où : dans le sud du Chili, entre Temuco et Puerto Montt, à plus de 1 500 km au nord de la Terre de Feu
  • Les deux bases : Pucón au nord, Puerto Varas au sud, séparées d’environ 300 km
  • Les volcans : le Villarrica (2 847 m), le plus actif du Chili, et l’Osorno (2 652 m), le plus photogénique
  • Les randonnées : le sentier des lacs à Huerquehue, le Paso Desolación sur le flanc de l’Osorno
  • Entrées : environ 8 000 pesos à Huerquehue, autour de 4 000 aux Saltos de Petrohué
  • Compter : 4 à 5 jours pour ne pas courir
  • Meilleure période : de décembre à mars

Où est la région des lacs, exactement ?

Disons-le simplement, parce que beaucoup d’articles entretiennent la confusion : la région des lacs se trouve dans le sud du Chili, mais pas en Patagonie australe. Elle s’étend en gros entre Temuco et Puerto Montt. La Terre de Feu est à plus de 1 500 kilomètres au sud, le Torres del Paine plus loin encore, et le glacier Perito Moreno se trouve en Argentine.

Ce qui la définit, ce sont ses grands lacs d’origine glaciaire et sa chaîne de volcans presque parfaits, qui se voient de partout. On y circule facilement, les routes sont bonnes, et les distances restent raisonnables — c’est l’une des étapes les plus confortables d’un road-trip chilien.

Volcan enneigé et vallée boisée vus depuis les hauteurs de la région des lacs, au Chili
Volcan enneigé et vallée boisée vus depuis les hauteurs de la région des lacs, au Chili

Villarrica ou Huerquehue : lequel choisir

Le volcan Villarrica, 2 847 mètres, est le plus actif du Chili. Il est entré en éruption en mars 2015, projetant cendres et lave à plusieurs kilomètres de hauteur et provoquant l’évacuation de milliers de personnes. Quand nous sommes passés, la randonnée en haut avait perdu de son intérêt : un paysage de cendres, gris et nu.

Un point à connaître, d’ailleurs : on ne monte pas au Villarrica seul. L’accès au cratère se fait obligatoirement avec un guide agréé, et l’administration du parc ne laisse pas passer sans. Après l’éruption, le sommet est resté fermé un long moment ; il est de nouveau accessible depuis fin 2024, toujours encadré.

Nous avons donc mis le cap sur le parc national Huerquehue, plus discret, plus vert, et bien moins fréquenté. Je n’ai jamais regretté cet arbitrage.

Le sentier des lacs, dans le parc Huerquehue

La randonnée classique s’appelle le sentier des lacs. Elle démarre au bord du lac Tinquilco et grimpe sec dès les premiers mètres — vraiment sec. Le chemin a été aménagé, avec des marches en bois par endroits, ce qui rend la montée plus sûre sans la rendre plus douce.

Comptez cinq à cinq heures et demie pour la boucle, avec quelque 780 mètres de dénivelé. Et une récompense progressive : d’abord deux miradors qui s’ouvrent sur le lac Tinquilco et, par temps clair, sur la silhouette du Villarrica, puis les lagunes les unes après les autres — le lac Chico, le lac Verde, le lac Toro, chacune cernée de forêt.

Mon conseil : pique-niquez au lac Verde, le plus beau des trois à mes yeux. Le lac Toro m’a un peu déçue, plus sombre et plus fermé. Si les jambes suivent, poussez jusqu’au mirador Renahue, qui s’ouvre sur le lac Caburgua et le secteur de Renahue : c’est le panorama que je revois quand on me parle du Chili.

Sur le sentier, levez la tête : vous marchez au milieu des araucarias, ces arbres en forme de parapluie qui ne poussent qu’ici et de l’autre côté de la frontière argentine.

Infos pratiques pour Huerquehue

  • Entrée : environ 8 000 pesos pour les visiteurs étrangers, moitié moins pour les Chiliens
  • Horaires : le parc ferme en milieu d’après-midi et n’accepte plus d’entrées après le début d’après-midi — partez tôt, sinon on vous refusera le départ
  • Jours de fermeture : le parc n’ouvre pas tous les jours, vérifiez avant de faire la route
  • Niveau : montée continue au début, rien de technique ensuite

Pucón, la ville-étape

Pucón, au bord du lac Villarrica, est la base naturelle pour tout ce secteur : agences, locations, restaurants, thermes aux alentours. On y revient le soir avec les jambes lourdes et l’envie de ne plus bouger. La ville mérite un article à elle seule, et elle l’aura.

Frutillar et l’héritage allemand

Entre Pucón et Puerto Varas, la route longe le lac Llanquihue, le plus grand de la région avec ses quelque 87 000 hectares. On peut en faire le tour complet : environ 186 kilomètres, avec les volcans Osorno, Calbuco et Puntiagudo à l’horizon.

Arrêtez-vous à Frutillar, à une trentaine de kilomètres au nord de Puerto Varas. Maisons à colombages, jardins tirés au cordeau, pâtisseries qui vendent du kuchen : on se croirait transporté en Allemagne du Sud. Cet héritage vient de la colonisation organisée par l’État chilien à partir des années 1850, qui fit venir des familles allemandes et suisses pour peupler le sud du pays. Rien à voir, donc, avec les départs d’Europe du siècle suivant — c’est une confusion fréquente, et elle change complètement le sens de ce que l’on regarde.

Les eaux turquoise des Saltos de Petrohué se frayant un passage entre les roches de lave, au Chili
Les eaux turquoise des Saltos de Petrohué se frayant un passage entre les roches de lave, au Chili

Puerto Varas, la base idéale

Puerto Varas s’étire sur la rive sud du Llanquihue, face au cône presque parfait de l’Osorno. C’est la ville où je conseillerais de poser ses valises deux ou trois nuits : elle a de bons restaurants, des agences pour toutes les excursions, et cette vue au bout de chaque rue qui descend vers le lac.

Le Paso Desolación, sur le flanc de l’Osorno

C’est la randonnée qui m’a le plus marquée, et celle sur laquelle je veux être très claire, parce que j’ai lu trop d’approximations : le Paso Desolación ne mène pas au sommet de l’Osorno. C’est un ancien col qui traverse le flanc du volcan, de la rive du lac Llanquihue jusqu’à celle du lac Todos los Santos. Le sommet, à 2 652 mètres, ne s’atteint qu’avec un guide et du matériel de glacier.

Le sentier fait environ 14 kilomètres et descend d’à peu près 1 100 mètres d’altitude jusqu’aux 190 mètres du lac. Comptez cinq heures.

Le décor est lunaire. Du sable noir, des scories rouges, des roches tordues, et rien d’autre : pas un arbre, pas une ombre. Monter dans ce sable donne l’impression de piétiner sur place — on avance de deux pas pour en glisser un. Le soleil tape sans obstacle. Prenez beaucoup plus d’eau que vous ne le pensez, et de la crème solaire.

Et puis, au détour du col, le lac Todos los Santos apparaît en contrebas, parfaitement immobile, avec le toit enneigé de l’Osorno au-dessus. Nous avons pique-niqué là. C’est un de ces endroits où l’on se tait.

Les Saltos de Petrohué : faut-il y aller ?

Les Saltos de Petrohué se trouvent dans le parc national Vicente Pérez Rosales, le plus ancien du Chili — créé en 1926 — et l’un des plus vastes avec ses 251 000 hectares, qui englobent le lac Todos los Santos et trois volcans.

Les cascades elles-mêmes sont belles : une eau vert-bleu qui s’engouffre dans des couloirs de lave noire, hérités d’une éruption de l’Osorno au XIXe siècle. Des passerelles en bois permettent de les surplomber.

Je serai honnête : le site est très aménagé et très fréquenté, avec boutiques de souvenirs et snacks à l’entrée, ce qui casse un peu la magie. Allez-y tôt le matin ou en fin de journée, comptez une petite heure sur place, et ne construisez pas votre journée autour. En revanche, c’est une balade facile, parfaite le jour où l’on veut épargner ses jambes.

Combien ça coûte, et comment se déplacer

Les tarifs d’entrée varient selon les parcs : environ 8 000 pesos à Huerquehue pour un visiteur étranger, autour de 4 000 pour les Saltos de Petrohué. Prévoyez des espèces, même si la carte passe de plus en plus.

Pour la voiture, un véhicule classique suffit sur les axes principaux et pour rejoindre les entrées des parcs. Certaines pistes secondaires, en revanche, sont réservées aux 4×4 ou interdites sans. Si votre itinéraire sort des routes balisées, renseignez-vous avant de louer plutôt qu’après.

Roches volcaniques rouges et plaine au loin, sur les flancs du volcan Osorno
Roches volcaniques rouges et plaine au loin, sur les flancs du volcan Osorno

Où dormir

  • À Puerto Varas : l’hôtel Puerto Chico, face à la plage du même nom, au bord du Llanquihue. Sans prétention mais très bien situé, avec des chambres propres et un personnel aux petits soins. Le petit déjeuner reste son point faible — un simple buffet, un peu court après des journées de marche.
  • À Pucón : le choix est vaste, du refuge à l’hôtel avec thermes. C’est la ville où l’on trouve tout, et où il vaut mieux réserver en janvier et février.

Questions fréquentes

Combien de jours prévoir dans la région des lacs ?

Quatre à cinq jours permettent de faire une randonnée du côté de Pucón, de descendre tranquillement le long du lac Llanquihue, et de consacrer une journée pleine à l’Osorno. En trois jours, on court.

Quelle est la meilleure période ?

De décembre à mars, l’été austral : les sentiers sont ouverts, les journées longues, et les volcans dégagés plus souvent. Hors saison, il pleut beaucoup et certains parcs réduisent leurs horaires ou ferment des secteurs.

Peut-on monter au sommet du volcan Osorno ?

Oui, mais pas librement : l’ascension jusqu’aux 2 652 mètres exige un guide et du matériel de glacier. Le télésiège de la station de ski monte à environ 1 600 mètres, ce qui donne déjà une très belle vue. Le sentier du Paso Desolación, lui, reste sur le flanc.

Et le volcan Villarrica ?

Son ascension est de nouveau possible depuis fin 2024, toujours avec un guide agréé et sur réservation. C’est une course exigeante, et l’activité du volcan peut la faire annuler du jour au lendemain : prévoyez une journée de marge.

Faut-il un 4×4 ?

Pas pour l’essentiel. Une voiture classique suffit pour Pucón, Frutillar, Puerto Varas, les entrées de parcs et les Saltos de Petrohué. Le 4×4 ne devient nécessaire que sur certaines pistes secondaires.

Huerquehue ou Vicente Pérez Rosales, si l’on ne doit en faire qu’un ?

Huerquehue pour la randonnée, la forêt d’araucarias et le calme. Vicente Pérez Rosales pour les paysages volcaniques et les grands panoramas sur les lacs. Si vous marchez, prenez le premier ; si vous voulez en prendre plein les yeux sans y laisser vos jambes, prenez le second.

Le mot de la pro du voyage

La région des lacs est la portion du Chili que tout le monde traverse en se disant qu’on reviendra. Faites l’inverse : donnez-lui quatre jours et allez marcher, même si vous n’êtes pas randonneuse. Les plus beaux moments de cette étape ne se voient pas depuis la route.

Et si vous ne gardez qu’une chose : partez tôt. Les parcs ferment leurs entrées en début d’après-midi, les volcans se couvrent souvent après midi, et les sites les plus aménagés sont infiniment plus beaux avant l’arrivée des cars.

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