À Las Vegas, les buffets XXL et les casinos ne sont plus les seules attractions. Au Caesars Palace, Guy Savoy fait entrer la haute gastronomie française dans une autre dimension. Une table élégante, une cuisine virtuose et un chef qui a compris que la capitale du jeu avait aussi sérieusement envie de passer à table. Rencontre avec un ambassadeur du goût qui n’a pas froid aux yeux.
Las Vegas, nouveau terrain de jeu des grands chefs

On venait à Las Vegas pour flamber au casino, assister à un spectacle ou s’offrir un buffet gargantuesque entre deux machines à sous. Désormais, on peut aussi y réserver une table parmi les plus convoitées. La ville du Nevada, longtemps associée à une certaine démesure culinaire, s’est découvert des ambitions gastronomiques à la hauteur de ses hôtels spectaculaires.
Après Alain Ducasse et Joël Robuchon, Guy Savoy rejoint cette nouvelle génération de chefs français qui ont choisi de conquérir l’Amérique par le palais. Au Caesars Palace, son restaurant impose une autre idée du luxe : moins tapageuse, plus subtile, résolument tournée vers l’assiette.
L’établissement, inauguré le 17 mai 2006, a été imaginé par l’architecte français Jean-Michel Wilmotte. Lignes contemporaines, atmosphère feutrée, élégance sans ostentation : ici, le décor ne cherche pas à voler la vedette à la cuisine. Aux commandes, Franck Savoy, le fils du chef, épaulé par son épouse Laure. Une affaire de famille, mais surtout une aventure gastronomique pensée pour une clientèle internationale.
Guy Savoy, lui, n’est pas venu en terrain conquis. Comme beaucoup, il avait ses idées préconçues sur Las Vegas. Puis il a découvert une ville en pleine mutation, où les grandes maisons de luxe côtoient les palaces et où la gastronomie est devenue un argument de séduction à part entière. Il accepte l’invitation du Caesars Palace et décide de tenter l’expérience. Non pour reproduire mécaniquement son modèle français, mais pour voir jusqu’où sa cuisine peut voyager.
Une table française au cœur du désert américain
Cinq soirs par semaine, les gastronomes affluent pour découvrir cette cuisine qui a fait la réputation du chef. Dans la salle, la clientèle vient de tous les horizons, avec une prédilection pour les belles tables et les grandes occasions. « On a ici le reflet de la planète », observe Guy Savoy, qui apprécie cette diversité autant que l’exigence de ses convives.
L’autre bonne surprise se trouve dans les produits. Le chef se réjouit de la qualité des approvisionnements américains : poissons de la côte Ouest, légumes et viandes provenant notamment de Californie, de l’Oregon ou de l’Idaho. La distance avec la France n’empêche donc ni la précision ni l’inspiration. La cuisine s’adapte au territoire sans renoncer à son identité.

Même constat du côté de la cave. Le vin occupe une place de choix, au point que l’on parle ici davantage d’un livre des vins que d’une simple carte. Les grands crus français, notamment bordelais, y tiennent le haut du pavé, aux côtés de bouteilles venues de Californie, d’Australie, d’Allemagne, d’Afrique du Sud ou de Nouvelle-Zélande. Une invitation à voyager entre les terroirs, sans quitter sa chaise.
Pour Guy Savoy, cette adresse n’a rien d’un pari inconsidéré. Il parle plutôt d’« une expérience », d’une ouverture et d’une manière de rester en phase avec son époque. À ses côtés, Franck et Laure partagent cet enthousiasme pour le pays et ses possibilités. Dans une ville où tout semble devoir être spectaculaire, le chef choisit une autre forme d’audace : laisser parler sa cuisine.
Le dîner commence avant la première bouchée
Dans la salle, la sobriété du décor contraste avec l’effervescence de la ville. Le service, attentif sans être guindé, donne le ton. Une coupe de champagne arrive, accompagnée d’amuse-bouches délicats. Puis le chariot à pains entre en scène. Premier dilemme de la soirée : garder un peu de place pour la suite ou céder immédiatement à la tentation.
La carte, généreuse, décline les entrées, les poissons, les viandes, les volailles et les abats, sans oublier un menu Prestige destiné aux amateurs de grandes expériences gastronomiques. Le choix n’est pas simplement une affaire de gourmandise : c’est une invitation à entrer dans l’univers du chef, où le produit reste roi et où la technique se met au service de l’émotion.

Le maquereau sur lit de tomate glacée, accompagné de son sorbet aux algues, joue sur les contrastes de température et de saveurs. Le ragoût du maraîcher rappelle l’importance du végétal dans la cuisine de Guy Savoy. Les noix de pétoncles du Maine séduisent les amateurs de produits marins, tandis que la soupe d’artichaut à la truffe et au parmesan, escortée d’une fine brioche, promet une association particulièrement gourmande. Le pigeon farci complète ce répertoire où la tradition française se nourrit d’une sensibilité contemporaine.
Ici, pas question de confondre luxe et accumulation. La cuisine privilégie l’équilibre, la précision et la personnalité. Chaque assiette raconte une histoire de produit, de saison et de savoir-faire. Le plaisir est sérieux, mais jamais solennel. Et c’est précisément ce qui fait la différence.
Guy Savoy, ambassadeur du goût à Las Vegas
La gastronomie française n’a pas besoin de faire des claquettes pour séduire Las Vegas. Elle a simplement besoin de montrer ce qu’elle sait faire. Chez Guy Savoy, l’élégance du service, la qualité des produits et la maîtrise des cuissons composent une partition fidèle à l’esprit de la maison.
Le chef ne renie rien de ses racines dauphinoises ni de la tradition qui nourrit sa cuisine. Il en propose une lecture moderne, capable de trouver sa place dans une ville où les expériences se doivent d’être mémorables.
Son arrivée au Caesars Palace marque ainsi bien davantage qu’une nouvelle ouverture de restaurant. Elle témoigne de l’évolution de Las Vegas, devenue une destination où l’on vient aussi pour manger remarquablement bien. Entre deux spectacles et quelques tables de jeu, les voyageurs ont désormais une autre raison de réserver : découvrir la haute gastronomie française sous le soleil du Nevada.
Et si le véritable jackpot se trouvait finalement à table ?
Carnet de voyage : À Las Vegas, le luxe ne se joue pas uniquement sur les tapis verts. Il se savoure aussi dans l’assiette, à condition de savoir où réserver.

Le mot de la pro du voyage :
C’est une signature qui peut accompagner aussi bien un restaurant étoilé à Las Vegas qu’un hôtel confidentiel, une escapade en Europe ou une adresse gastronomique méconnue. A redécouvrir dans le club.
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