Baby-blues : chronique d’une maman en déplacement

Article paru dans le Jet-lag Magazine n°2, en été 2018. Les adresses, les tarifs et les liens cités datent de cette parution.

Quitter son enfant pour partir travailler à l’autre bout du monde. Rien que de l’écrire, on sent poindre la culpabilité. Mais parfois, il faut partir. Parce qu’un contrat se signe là-bas. Parce qu’une opportunité ne repassera pas. Parce que gagner sa vie, c’est aussi lui construire un avenir. Alors, comment dire à son enfant qu’on part – sans déclencher un tsunami émotionnel ? Voici quelques pistes pour adoucir le moment du départ.

Ne dramatisez pas (même si vous, intérieurement, vous pleurez déjà). Les enfants sont de vraies éponges émotionnelles. Si vous êtes tendue, nerveuse ou hésitante à l’idée de partir, il ou elle le ressentira avant même que vous n’ayez ouvert la bouche. Le message que vous envoyez doit être simple et rassurant : vous partez, oui, mais tout va bien.

Évitez les phrases anxiogènes du type « je suis obligée » ou « je n’ai pas le choix ». Expliquez-lui plutôt avec des mots à sa hauteur : « Je pars pour le travail, je vais apprendre des choses, rencontrer des gens, et je reviens très vite. » C’est une question de posture : vous n’abandonnez pas, vous voyagez… Pour mieux revenir.

Gardez ses repères intacts, autant que possible. Pour un petit, la notion du temps est floue. Lui dire « je pars 5 jours » ne signifie rien. Alors comptez en dodos, fabriquez un calendrier illustré ou accrochez une guirlande de photos : Un souvenir par jour jusqu’à votre retour. Et transformez la préparation en jeu : "Tu m’aides à faire ma valise ? Qu’est-ce que je prends pour ne pas oublier que tu m’aimes ?" Préparez aussi l’organisation du quotidien, même si vous ne serez pas là. Qui l’amène à l’école ? Qui lui lit une histoire ? Plus l’emploi du temps est clair, moins il se sentira perdu. Et pourquoi ne pas instaurer un rituel de rendez-vous visio ou un message vocal chaque soir à heure fixe ? Cela l’aidera à matérialiser votre présence, même à distance.

Montrez-lui où vous partez (et faites-le rêver un peu). Prenez un globe, une carte ou Google Earth, et montrez-lui la destination. Expliquez-lui combien d’heures il faut pour y aller, ce que vous allez y faire, comment sont les gens là-bas. S’il ou elle est assez grand(e), vous pouvez même faire un petit atelier découverte ensemble : Quels animaux vivent là-bas ? Que mangent les enfants de ce pays ? Et une fois sur place, n’hésitez pas à envoyer des photos, vidéos, dessins ou sons, pour lui faire découvrir votre univers. Le but ? Dédramatiser la distance et transformer l’inconnu en terrain de jeu imaginaire.

Préparez votre absence comme une mission logistique. Parce que rien n’angoisse plus un enfant que l’impression que tout va changer pendant que vous serez absente, sécurisez son cocon. Il dort chez ses grands-parents ? Testez quelques nuits avant le grand départ, en douceur. Il est gardé par une nounou inhabituelle ? Présentez-la bien avant, créez des liens en votre présence. Anticipez aussi les petits détails du quotidien : Les tenues de la semaine, les goûters, les doudous, les livres préférés… Tout ce qui peut éviter les frictions le matin et maintenir une forme de continuité malgré votre absence. Votre mot d’ordre : Rassurer et ritualiser. L’absence, oui. L’insécurité, non.

Baby-blues : chronique d'une maman en déplacement

Le piège du cadeau souvenir : A manier avec précaution. C’est une tentation bien connue. On rentre du Japon, de Dubaï ou de New York avec des valises pleines… De culpabilité. Et donc, de cadeaux. Mais attention, l’objet ne doit jamais remplacer la parole ni l’amour. Oui à un petit souvenir symbolique : Une carte postale, un coquillage, un galet, un petit carnet. Non à l’escalade des gadgets, surtout s’ils deviennent une condition implicite au fait de vous laisser partir. Le vrai cadeau, c’est votre retour. Vos bras ouverts. Vos histoires à raconter. Et ce lien qui n’a jamais été rompu, même à 12 000 kilomètres de là.

En conclusion ?

Partir, ce n’est pas fuir. C’est parfois aimer autrement.

Montrer à son enfant qu’on peut être femme, pro, maman, voyageuse… Et qu’il ou elle peut grandir avec cette richesse en modèle. Le baby blues est réel, mais il n’est pas une fatalité. Il est la preuve que vous tenez à lui. À vous de transformer ce moment en force. En transmission. En tendresse moderne.

Robe bicolore Mango Coupe droite minimaliste, color block noir & turquoise 2. Boucles d’oreilles et bracelet Zara Doré subtil, formes arrondies et légères. 3. Sac bandoulière noir H&M Compact, fonctionnel, avec détails dorés. 4. Baskets blanches H&M L’essentiel mode et confort du voyage. 5. Fouta rayée jaune & blanc Serviette, paréo, nappe improvisée 6. Colliers médailles superposés Chic discret à la française. 7. Miroir rond cerclé de rotin 8. Vase en céramique rayé 9. Huile corps Flacon imaginaire clin d’œil à la vinification sous-marine. 10. Petit bol en grès brut Pour les bijoux, les fruits secs ou le rituel café du matin.

Business Class, baby blues et biberons : chronique d’une maman en déplacement

t 5h04. Le moteur du taxi ronronne devant la maison. Dehors, le ciel n’est même pas encore bleu. Dedans, je glisse un dernier bisou sur la tempe tiède de mon fils qui dort, bras en étoile sur son doudou raplapla. Je pars. Pour cinq jours. Pour le travail. Pour une réunion à Singapour, une conf à Tokyo. Un aller-retour dans une autre vie. Et, comme à chaque fois, je laisse un petit bout de cœur dans le lit à barreaux.

Business Class, baby blues et biberons : chronique d’une maman en déplacement

Dans la valise : Des talons, un tailleur, des chargeurs, un carnet. Et ce nœud dans le ventre qui revient à chaque mission. Pas de panique visible. J’ai appris à faire semblant. À serrer les dents au moment du décollage. À maquiller le baby blues en fond de teint longue tenue. À être “pro” avec un cœur un peu chiffon.

L’aéroport devient ma zone neutre. Ni ici, ni là-bas. Juste moi, en transition. J’envoie un dernier message à la nounou pour rappeler que la maîtresse veut des bottes pour jeudi. Puis j’active le mode avion. Silence radio. Je monte à bord de cette vie parallèle, cette bulle pressurisée où l’on distribue du jus de tomate et des serviettes chaudes, pendant que mon enfant, lui, vit une journée normale sans moi.

En Business, tout semble fluide. Le personnel est aux petits soins. On me demande si je veux du champagne. Je réponds non, comme à chaque fois. Ce n’est pas un voyage-plaisir. C’est une parenthèse. Une performance. Là-bas, on m’attend. Là-bas, je suis attendue comme une professionnelle fiable, brillante, disponible. Pas comme la mère qui vient de pleurer dans les toilettes de Roissy.

Il y a cette ambivalence, cette schizophrénie douce entre les deux versions de moi : la maman et la businesswoman. Je suis les deux. Et aucune à 100% quand je voyage. Ma tête dans les slides, mon cœur dans la chambre d’enfant.

Le soir, dans la chambre impersonnelle d’un hôtel trop design, je regarde les vidéos envoyées par la nounou. Mon fils a renversé son bol, mon bébé a boudé sa sieste, et moi je ris bêtement devant l’écran de mon téléphone. Éloignée mais connectée. Présente à distance. Je laisse des messages vocaux doux comme des câlins numériques. "Bonne nuit mon amour, maman t’aime." Je raccroche avant que ma voix ne tremble.

Les jours passent. Les réunions s’enchaînent. J’ai enfilé mes compétences comme une armure. Je suis performante, précise, réactive. Mais dans le taxi du retour, sur la route de l’aéroport, je me demande : Est-ce que je manque à mes enfants ? Est-ce qu’ils vont m’en vouloir ? Est-ce qu’ils comprendront un jour pourquoi je suis partie ?Et puis je rentre. La porte s’ouvre. Les petits pieds courent dans l’entrée. Les bras se tendent. Les rires éclatent. Le quotidien m’avale comme une vague douce. Il y a de la compote sur le canapé, une chaussette perdue sous la table, et le cœur qui se remet à battre, vraiment.

Je ne suis pas parfaite. Mais je suis là. À ma manière.Voyager pour le travail quand on est mère, c’est vivre une tension permanente entre absence et amour, ambition et tendresse. C’est apprendre à tracer des ponts invisibles entre les continents et les chambres d’enfants. C’est savoir qu’on ne choisit pas entre réussir sa vie et élever ses enfants, mais qu’on jongle – maladroitement parfois – entre les deux.

Je suis cette femme-là. Celle qui part et qui revient. Qui doute dans l’avion et rit dans la salle de bain au retour. Qui rêve d’un monde où on ne vous juge plus pour avoir osé prendre un vol long-courrier quand votre bébé fait ses dents.

Et si je vous raconte tout ça, c’est pour dire que oui, on peut être mère, aimer fort, et quand même partir.

et conseillère financière

pour une entreprise

du CAC 40

Jet-lag Magazine n°2 — été 2018

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