Egiategia : le vin bercé par les vagues de l’océan

Article paru dans le Jet-lag Magazine n°2, en été 2018. Les adresses, les tarifs et les liens cités datent de cette parution.

Et si l’océan savait faire du vin ?À Saint-Jean-de-Luz, un ingénieur rêveur a immergé des cuves au fond de la baie pour laisser la mer œuvrer à sa manière. Résultat : un vin surprenant, vibrant, qui respire le sel, les agrumes et la liberté. On a goûté, on a chaviré.

Certains vins parlent fort. Ils s’imposent, saturent, font tapage. Le Egiategia, lui, s’excuse presque d’exister. Mais quelle erreur ce serait de ne pas lui prêter l’oreille, de ne pas lui laisser cette seconde bouche qu’est le silence. Car ce vin-là ne s’adresse pas au palais. Il s’adresse à l’âme.

Au cœur du pays basque, sur la corniche de Ciboure, un homme – Emmanuel Poirmeur – a eu ce geste de rupture, ce contretemps sublime : Plonger ses barriques dans la mer. Non pas pour faire joli, non pas pour séduire un marché saturé d’étiquettes brillantes, mais pour écouter. Pour voir ce que le vin devient quand on lui retire la lumière. Quand on lui retire le bruit du monde.

Egiategia : le vin bercé par les vagues de l'océan

L’Egiategia est un blanc sec, travaillé à partir d’Ugni blanc et de Colombard – des cépages souvent considérés comme modestes. Or justement. C’est dans cette modestie que réside sa noblesse. On est loin ici des Chardonnay vanille-fraise ou des Sauvignon tapageurs. Ici, pas de séduction immédiate, mais une tension, une lenteur, une vérité minérale.

On le verse, et l’on devine déjà quelque chose de différent. Une robe pâle, presque frêle, traversée de reflets d’huître. Puis vient le nez – discret, fuyant, presque timide. Des notes d’écorce d’agrume, de brise marine, de mousse salée. En bouche, le vin ne cherche pas à impressionner. Il glisse, il s’efface, puis revient. Une caresse plus qu’un choc. Comme une vague lancinante. Comme un souvenir qu’on croyait oublié, et qui remonte, intact.

Egiategia : le vin bercé par les vagues de l'océan

C’est un vin pour les jours sans maquillage. Pour les peaux nues. Les moments où l’on doute, où l’on s’étire. Il a la noblesse de ceux qui ne cherchent rien à prouver, et tout à offrir. À table, il s’accorde à des choses simples : Un poisson cru, une volaille tiède, un silence partagé.

Mais plus encore qu’un accord, l’Egiategia propose un art de vivre. Une autre vitesse. Une manière de ralentir. De suspendre. C’est un vin qui ne clame pas « regarde-moi », mais qui chuchote : reste. Et l’on reste. Parce qu’il nous échappe, tout en nous retenant. Comme l’été, comme l’amour, comme la mer.

Jet-lag Magazine n°2 — été 2018

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