Mariages d’antan : le mariage, engagement d’une vie ?

Mariée il y a plus de soixante ans, une grand-mère raconte Istanbul, la peur de l'avion, le travail des fermes et la chance qu'ont les jeunes.

Article paru dans le Jet-lag Magazine n°4, en mars 2016. Les adresses, les tarifs et les liens cités datent de cette parution.

Etudier le symbole du mariage dans l’histoire D’une vie et donc d’un couple peut paraitre intrusif meme s’il est riche d’enseignement car Cet événement dans la vie d’une femme avait il Y A encore une cinquantaine d’années un vrai Sens.

J’ai donc au fil de mes rencontres personnelles et professionnelles enquêter sur la question. La première personne à laquelle j’ai posé mes questions fut ma grand-mère.

Je ne connaissais que certains pans de sa vie. Et puis, il y avait encore mon grand-père à l’époque. J’ai toujours voulu connaitre leur rencontre. Les deux habitaient un village rural, allaient à la même école. Rien donc de vraiment surprenant.

Mariages d'antan : le mariage, engagement d'une vie ?

Ma grand-mère a épousé mon grand-père il y a maintenant plus de 60 ans. Elle était jeune. « A l’époque, on n’avait pas d’argent, on sortait de la guerre et la vie était dure. Le mariage était en soit un voyage à deux ! Je me Souviens encore de cette journée », confie-t-elle. « Mon mari travaillait dur dans les fermes au début de notre vie ensemble. Alors on n’a même pas imaginé un seul instant faire un voyage de noce. Ce n’était pas envisageable financièrement. Puis, après nos enfants sont arrivés et donc on ne pouvait plus partir. La vie n’avait rien à voir avec celle

Le mariage, l’engagement d’une vie ?

D’aujourd’hui qu’ont les jeunes.

Le mariage, l’engagement d’une vie ?

Les femmes ne travaillaient pas à l’époque, on avait trop de travail à la maison. On n’avait pas de machine à laver, pas de frigo, pas de congélateur…On n’avait pas de voiture non plus, cela coûtait trop cher. Quand j’ai pu monter la première fois dans une voiture, j’ai eu très peur par Exemple. Et on ne faisait pas de gros trajet. On allait à l’époque à 7 ou 10 kms de chez nous. Pour les fêtes de village, pour les braderies ou pour aller au cinéma. Bref c’était vraiment un autre époque ! » confie-t-elle avant de poursuivre : « Nous avons réalisé notre premier voyage 45 ans après, à la fin des années 80. Notre premier Voyage fut à istanbul. Je m’en souviens comme si c’était hier, on avait tellement peur de partir en avion. Surtout mon mari. Il n’aimait pas partir loin. Il suivait mais sans réelle envie. Il disait : « Pourquoi j’irai chercher ailleurs ce que j’ai à la maison ? »

Un voyage déterminant pour sa vie de femme. « C’était très important pour moi d’aller voir ailleurs comment d’autres femmes vivaient. Il faut savoir qu’à l’époque, on n’avait pas internet. Quand je suis arrivée à istanbul, j’ai eu un véritable choc de voir ces femmes voilées. Cela m’a même mise mal à l’aise. »

Pour elle comme pour beaucoup de femmes de cette génération, le voyage de noce ressemblait plus à une récompense après une vie passée au côté de leur mari.

Marianne, 87 ans, se rappelle avec une précision épatante : « Vous savez, quand on se mariait à l’époque, on n’avait pas le choix. C’était très mal vu de divorcer ou de se séparer. Alors on souffrait en silence d’une certaine manière. Moi, j’ai eu de la chance, mon mari ne me battait pas, il était travailleur. Alors après notre mariage, on n’a même pas parlé d’un voyage de noce. Même si j’en aurai eu envie. Non, on n’avait pas le temps pour ça. Ni l’argent ! Quand il est mort, je me souviens avoir longtemps hésité à me remettre en couple. Si je me remariais, ce n’était pas pour refaire la même chose. Et j’ai eu de la chance parce que mon 2e mari, lui, adorait voyager. Donc on n’était pas mariés que déjà on partait en voiture dans le sud de la France. A l’époque, ce n’était pas pareil. On a loué la première chambre d’hôtel qu’on a trouvé et on s’y est installé. On faisait une nuit dans un hôtel puis on changeait de ville. Des fois, on n’allait pas très loin, à peine à 15 kms de là. Je me souviens d’une sacrée aventure à avignon. On avait roulé toute la journée, il nous tardait d’arriver. On s’est installé et mon mari est tombé malade. J’ai bien cru qu’il allait mourir tellement il vomissait. J’ai du me débrouiller. J’ai appellé le docteur, j’ai trouvé toute seule la pharmacie. Il le fallait. J’ai Donc eu la chance et l’honneur de pouvoir être indépendante. Même si je n’avais rien demandé. »

Le mariage, l’engagement d’une vie ?

Pour ces femmes, voyager était synonyme d’indépendance et de liberté incontestablement. Mais aussi de responsabilité morale de s’affranchir de codes d’une société d’alors.

Marianne poursuit alors : « Se marier à l’époque est le symbole d’une nouvelle vie. On nous éduquait comme cela aussi. Aujourd’hui quand je vois comment mes petites filles sont éduquées, je me dis qu’elles ont de la chance. Nous, on n’avait pas le choix. Celui de choisir une union et une relation. Ma soeur, elle, a été obligée d’épouser un vieux monsieur qui était propriétaire terrien. Je me souviens de ce que lui disait mon père en lui répétant que c’était un bon placement pour l’avenir. Les temps changent aujourd’hui, c’est aux Musulmanes de s’affranchir de l’autorité masculine. Mais il y a peu encore, c’était à nous d’être sous l’autorité masculine, il ne faudrait pas l’oublier. L’indépendance financière des femmes y a été pour beaucoup aussi.

Aujourd’hui les jeune, ont de la chance de pouvoir choisir, décider de votre vie. Et même de pouvoir voyager ainsi. Ça rend intelligent, le voyage. Cela oblige à se débrouiller, ce qui est indispensable pour l’avenir. Même si je crois sincèrement que les jeunes ont la vie beucoup plus simple aujourd’hui, je pense qu’ils oublient. Trop vite ! »

Jet-lag Magazine n°4 — mars 2016

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