Sur la rive de Vila Nova de Gaia, une silhouette noire veille sur le Douro. Cape d’étudiant, chapeau andalou, verre à la main. Le Don de Sandeman ne dit jamais bonjour. Il vous fait simplement entrer.

Nancy avait 48 heures à Porto. Elle a choisi de les commencer sous terre. Pas dans le métro. Dans les caves Sandeman, face aux toits de la vieille ville. Ici, le porto ne se boit pas tout de suite. Il se raconte d’abord.
Ce vin doux et généreux a fait la fortune de la ville. Impossible de comprendre Porto sans pousser la porte d’une cave. Et celle du Don reste la plus iconique de la rive.
Une maison écossaise au bord du Douro
Tout commence en 1790, à Londres. George Sandeman, un Écossais, fonde sa maison de négoce. Il mise sur deux vins du sud, le porto et le xérès. Une succursale ouvre ensuite à Cadix, en Espagne en 1795.
La maison s’installe à Vila Nova de Gaia, sur la rive sud du fleuve. George Sandeman y achète le bâtiment actuel en 1811. Le musée ouvre au public bien plus tard, en 1992.
Au XIXe siècle, les bouteilles voyagent loin. Europe, Amériques, Afrique, Asie, jusqu’en Nouvelle-Zélande. La liste des agents paraît dans The Times, de capitale en capitale. Paris, Berlin, Moscou, New York, Montréal, Sydney, Tianjin. Sandeman devient une référence du porto, du xérès et du madère.

Le Don, star de la pub avant l’heure
Sandeman a compris très tôt la force d’une image. Dès 1905, la maison lance ses campagnes publicitaires. Peu de maisons de vin osent alors ce pari.
En 1928, l’artiste écossais George Massiot Brown dessine le Don. Sa cape noire rappelle celle des étudiants de Coimbra. Son large chapeau évoque Jerez, en Andalousie. Deux pays, une seule silhouette. Elle orne encore des milliers de cartes postales.
En 1965, le Don passe à la télévision. Pas mal pour un homme qui ne montre jamais son visage.

Ce que vous voyez pendant la visite
La visite démarre par le musée. Affiches anciennes, étiquettes, objets de négoce. On comprend vite pourquoi le Don est partout. Puis vient la descente dans les chais.
Plus de 2 000 fûts et tonneaux dorment dans la pénombre. L’air sent le bois, la noisette et le fruit mûr. Vous respirez le porto avant de le goûter. Un court documentaire présente ensuite la vallée du Douro.
La visite se termine, bien sûr, par une dégustation. Gardez votre soif pour la fin. Elle en vaut largement la peine.

Ruby, tawny, vintage, le petit lexique du verre
Pas besoin d’être sommelier pour s’y retrouver. Quatre styles suffisent pour briller à l’apéritif.
Le porto blanc est un vin jeune, issu de raisins blancs. Le ruby vieillit en cuve. Il offre des notes de fruits rouges et de chocolat. Le tawny mûrit en fûts de chêne. Il développe des arômes de noisette et de fruits secs. Le vintage naît seulement des meilleures années. C’est le grand cru de la famille.
Sandeman range sa gamme en quatre niveaux. Classique, Premium, Deluxe et Rare. Le Founders Reserve est la porte d’entrée la plus connue. Les tawny de 10, 20, 30 et 40 ans sont réservés aux palais patients.

Au-delà du porto
La maison produit aussi du xérès à Jerez de la Frontera, en Andalousie. Elle signe des brandys de Jerez, dont le célèbre Capa Negra. Et des madères, nés sur l’île du même nom.
Si les spiritueux vous font voyager, notre guide des rhums et liqueurs prolonge l’exploration. Pour l’art de l’apéritif, filez plutôt vers l’aperitivo à l’italienne.
Un savoir-faire sous l’aile de Sogrape
Depuis 2002, Sandeman appartient au groupe portugais Sogrape. La maison n’a rien perdu de son caractère. Le maître de chai Luís Sottomayor supervise la vinification depuis 2007.
Il a été formé par Fernando Nicolau de Almeida, une légende du Douro. La septième génération Sandeman reste associée à l’entreprise. Une dynastie qui sait durer.

Quelques repères qui font lever le verre
Le mot porto circule depuis le XVIIe siècle. On ajoute alors de l’eau-de-vie au vin. Il supporte mieux les longues traversées en mer. La recette du porto était née.
En 1805, Sandeman marque un fût au fer rouge du sigle GSC. Une garantie de qualité avant l’heure. La marque est déposée en 1877.
Elle se vend aujourd’hui dans plus de 75 pays. On parle de 18 bouteilles vendues chaque minute. Le Haut-Douro viticole est inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco depuis 2001.

Prolonger dans la vallée du Douro
Les vignes ne poussent pas à Porto. Elles grimpent en terrasses le long du fleuve, vers l’Espagne. Oliviers et amandiers se glissent entre les rangs.
Sandeman vous reçoit aussi à la Quinta do Seixo, au cœur de la vallée. Dégustation, balade dans les vignes, table gourmande. Autre option, remonter le fleuve en croisière. Le Douro se découvre mieux lentement.
Vous poursuivez vers le nord ? La Galice voisine offre un vrai grand bol d’air iodé.
Sandeman ou les autres caves de Gaia
La rive aligne d’autres grands noms. Taylor’s, Graham’s, Churchill’s. Chacune a son style et son histoire. Sandeman reste la plus simple pour une première fois. Commencez par elle, puis comparez.
Les amateurs de vin qui aiment voyager en France trouveront aussi leur bonheur chez Aux Petits Crus, à Toulouse.
En pratique
Les caves se trouvent sur le quai de Vila Nova de Gaia, face à Porto. Depuis la Ribeira, traversez le pont Dom-Luís I à pied. Réservez votre visite en ligne, surtout en été. Horaires et tarifs sur le site officiel.
Pour la valise, suivez nos astuces pour empaqueter comme une pro. Une bouteille rapportée mérite un vrai calage. Et si vous vous demandez ce qu’est le vrai luxe en voyage, lisez notre définition personnelle.
Le mot de la pro du voyage
À Porto, beaucoup de voyageurs enchaînent trois caves en un après-midi. Tout se mélange, et le palais sature vite. Le vrai luxe, c’est d’en choisir une et de prendre son temps.
Ce que l’on oublie souvent, c’est le Douro. Sans la vallée, le porto reste une jolie étiquette. Gardez une journée pour les terrasses de vignes. C’est là que tout prend sens.
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