Belém ne figure dans aucun palmarès des incontournables du Brésil. C’est pourtant là que commence l’Amazonie, et c’est là que j’ai posé mes valises après deux jours de route depuis la Guyane. Le plus grand marché à ciel ouvert d’Amérique latine, une vieille ville aux façades écaillées, une basilique dorée et, depuis la COP30, une ville qui a changé de visage. Voici ce qu’il faut savoir avant d’y aller.

Je partais de Guyane. Pas d’avion, pas de croisière : un taxi-brousse sur des routes de latérite, un pont tout neuf au-dessus de l’Oyapock, et de l’autre côté, le Brésil. Belém n’était pas ma destination de rêve, c’était la ville au bout de la route. Et c’est exactement pour cela que j’y suis allée.
Belém en bref
- Où : capitale de l’État du Pará, sur la baie de Guajará, aux portes de l’Amazonie
- Combien d’habitants : environ 1,5 million
- Fondée en : 1616
- À voir : le marché Ver-o-Peso, la Cidade Velha, la basilique de Nazaré, l’Estação das Docas
- Le grand rendez-vous : le Círio de Nazaré, le deuxième dimanche d’octobre
- Depuis 2025 : la ville a accueilli la COP30 et s’est largement rénovée
Rejoindre Belém par la route depuis la Guyane
Le pont de l’Oyapock a tout changé. Avant lui, passer côté brésilien relevait de l’expédition. Il a été inauguré le 18 mars 2017 et ouvert à la circulation deux jours plus tard : je l’ai donc emprunté dans les tout premiers jours, quelques semaines à peine après son ouverture. Aujourd’hui, il est ouvert tous les jours, de 7 h à 19 h.
On monte dans un taxi-brousse à Cayenne et on roule. Ça chante, ça rit, ça dort en travers des sièges : l’ambiance compense largement l’inconfort. On traverse l’Amapá, l’un des États les plus pauvres du Brésil, sur des routes qui ressemblent par endroits à des chemins de brousse. La végétation mange tout : les bas-côtés, les poteaux, parfois les maisons. De temps en temps, un hamac sur une véranda et quelqu’un qui fait la sieste en plein midi, comme si le monde pouvait attendre. Je les ai enviés. Au bout de deux jours de route, Belém apparaît.

Une ville qui ne se donne pas tout de suite
Soyons honnêtes : Belém n’est pas une ville facile. Elle est dense, populaire, et la pauvreté y est visible. Le soir, on évite de sortir seule, et ce n’est pas de la paranoïa : c’est le conseil que donnent les habitants eux-mêmes. À l’époque, je vivais en Guyane, et les faits divers impliquant des voyageurs de passage à Belém revenaient régulièrement.
Et pourtant, il y a dans cette ville quelque chose qui retient. Son architecture coloniale portugaise d’abord, ces façades écaillées qui gardent leurs couleurs, turquoise, ocre, vieux rose : la beauté résiste, c’est tenace. Sa position ensuite. Belém est posée sur la baie de Guajará, dans l’immense estuaire qui s’ouvre au sud de l’île de Marajó, à quelques encablures de l’Amazone. On le sent partout, dans l’humidité de l’air, dans les odeurs, dans la logique même de la ville, qui tourne le dos au reste du pays pour regarder l’eau.

Le Ver-o-Peso, le plus grand marché à ciel ouvert d’Amérique latine
C’est là qu’il faut aller en premier. Le Ver-o-Peso s’étire le long du quai : poissons géants qu’on ne sait pas nommer, fruits dont on ignorait l’existence, plantes médicinales en tas colorés, paniers tressés, artisanat. Tout se vend, tout se crie, tout sent fort. Très fort, même : si vous y passez tôt le matin, ce que je recommande, préparez-vous à une expérience olfactive mémorable. Ventre bien accroché exigé.
À marée basse, les bateaux de pêche colorés se posent sur la vase, juste devant les halles : c’est l’une des plus belles images de la ville. J’y ai acheté des sandwichs et des maracujas fraîches, et c’est resté le déjeuner le plus savoureux du voyage. Simple, local, parfait. C’est aussi ici qu’il faut goûter l’açaí, servi salé, en accompagnement du poisson, comme le font les habitants du Pará.

La Cidade Velha et la Praça da República
La vieille ville est mon vrai coup de cœur. Les façades en mauvais état n’enlèvent rien à la beauté de l’ensemble : c’est authentique au sens littéral, ni mis en scène pour le touriste, ni restauré pour les réseaux sociaux. J’y ai flâné longtemps, jusqu’à ce que la chaleur ait raison de moi, vers quatorze heures. Car la chaleur, à Belém, est une affaire sérieuse : tropicale, humide, collante.
En centre-ville, la Praça da República mérite le détour : un grand jardin arboré que les familles investissent le week-end, avec un petit marché le matin. On s’y pose, on regarde les gens, on souffle entre deux visites. Tout près, le Theatro da Paz, bâti à l’époque du caoutchouc et inspiré de la Scala de Milan, rappelle la fortune passée de la ville.

La Casa das Onze Janelas, face à l’eau
Après le marché, direction la Casa das Onze Janelas. Cet ancien hôpital militaire abrite aujourd’hui une galerie d’art et l’un des restaurants les plus réputés de la ville. C’est relativement cher, mais la position face à l’eau justifie presque l’addition à elle seule.
Personnellement, j’ai préféré m’installer dehors, sur les canons. Un cocktail de fruits frais à la main, le fleuve devant, la chaleur qui retombe un peu. C’est là que Belém m’a eue. Pas dans ses rues, pas dans ses musées, mais dans ce calme au bord de l’eau, avec le sentiment d’être à l’endroit le plus reculé du monde.
La basilique de Nazaré et le Círio
Passage obligatoire. La basilique de Nossa Senhora de Nazaré est ravissante de l’extérieur, mais c’est à l’intérieur qu’elle impressionne : dorures, hauteur sous plafond, lumière filtrée. On comprend alors ce que représente le Círio de Nazaré, la procession qui s’y déroule chaque année le deuxième dimanche d’octobre et qui rassemble environ deux millions de personnes. C’est l’un des plus grands rassemblements catholiques du monde, et il reste très peu connu en France.
L’Estação das Docas, le port réhabilité
Sur les quais, trois anciens entrepôts portuaires du XIXe siècle ont été transformés en promenade couverte : restaurants, bars, boutiques et concerts, avec les grandes grues jaunes d’origine conservées comme décor. C’est le lieu le plus confortable de la ville pour dîner face à l’eau en fin de journée, et le contrepoint parfait à l’intensité du Ver-o-Peso. Pour la nature, le Mangal das Garças, un parc au bord du Guamá, offre une volière, un jardin de papillons et une tour d’observation.
Ce que la COP30 a changé
Belém a accueilli la COP30 du 10 au 22 novembre 2025. Pour l’occasion, la ville a connu des travaux d’une ampleur inédite, de l’ordre de 730 millions d’euros : voirie, assainissement, réhabilitation du front d’eau, hébergements, et un grand Parque da Cidade aménagé sur une ancienne base aérienne pour accueillir la conférence.
Le bilan de la conférence elle-même a été jugé contrasté. Mais pour le voyageur, la ville que vous trouverez aujourd’hui n’est plus tout à fait celle que j’ai connue : les capacités d’accueil ont augmenté et plusieurs quartiers ont été rénovés. Si vous y allez, dites-moi ce que vous en pensez.
Repartir vers Santarém et Manaus
Après deux jours à Belém, j’ai repris le fleuve. Les bateaux de ligne partent des quais vers Santarém, en deux à trois jours, et jusqu’à Manaus, en cinq jours environ. Le décor se répète à l’infini : mangroves, densité d’arbres hallucinante, pirogues qui se croisent selon qu’elles remontent ou descendent le courant. Sur le papier, cela peut sembler lassant. Sur place, c’est hypnotique : on perd la notion du temps et on s’installe dans un rythme qui n’appartient qu’au fleuve.
Sous l’eau, il y a des piranhas. Je m’amusais à jeter des miettes de pain par-dessus bord pour les voir surgir. Les moustiques, eux, étaient beaucoup moins amusants : j’ai fini le voyage avec l’impression d’avoir été dévorée. C’est le prix à payer pour l’Amazonie.
Infos pratiques pour visiter Belém
- Dormir : réservez avant d’arriver. En 2017, nous avions payé environ 80 reais la nuit pour deux, petit-déjeuner compris, dans une pousada propre et bien tenue, entourée de barbelés électrifiés, ce qui surprend la première fois. Depuis la COP30, l’offre hôtelière s’est nettement étoffée.
- Manger : le Ver-o-Peso pour déjeuner sur le pouce, la Casa das Onze Janelas ou l’Estação das Docas pour un vrai repas face à l’eau. Goûtez l’açaí à la mode locale, le tacacá et le poisson du fleuve.
- Sécurité : évitez de sortir seule après la tombée de la nuit, restez attentive dans les zones commerçantes et au marché, et laissez vos objets de valeur à l’hôtel.
- Saison : il pleut toute l’année, souvent en fin d’après-midi, et il fait environ 30 °C en permanence. La période la moins humide va de juillet à novembre.
- Santé : vérifiez votre vaccination contre la fièvre jaune et prévoyez un bon répulsif anti-moustiques.
- Budget : Belém reste une ville bon marché, même selon les standards brésiliens.
Questions fréquentes sur Belém
Où se trouve Belém au Brésil ?
Belém est la capitale de l’État du Pará, dans le nord du Brésil. Elle est posée sur la baie de Guajará, dans le grand estuaire situé au sud de l’île de Marajó, aux portes de l’Amazonie.
Que faire à Belém ?
Visiter le marché Ver-o-Peso tôt le matin, flâner dans la Cidade Velha, voir la basilique de Nazaré et le Theatro da Paz, déjeuner à la Casa das Onze Janelas et finir la journée à l’Estação das Docas ou au Mangal das Garças.
Combien de jours rester à Belém ?
Deux jours suffisent pour l’essentiel. C’est souvent une étape avant de remonter l’Amazone vers Santarém et Manaus, ou après une arrivée par la route depuis la Guyane.
Belém est-elle une ville dangereuse ?
Il faut y être prudente, surtout le soir : on évite de sortir seule la nuit et on reste attentive dans les zones commerçantes. De jour, la visite des sites principaux ne pose pas de problème particulier.
Qu’est-ce que le Círio de Nazaré ?
C’est la grande procession en l’honneur de Notre-Dame de Nazareth, qui se tient le deuxième dimanche d’octobre et rassemble environ deux millions de personnes. C’est l’un des plus grands rassemblements catholiques du monde.
Comment aller de Belém à Manaus ?
En bateau de ligne, comptez environ cinq jours en remontant le fleuve, avec une escale à Santarém au bout de deux à trois jours. Il existe aussi des vols directs, bien plus rapides.
Le mot de la pro du voyage
Belém ne figure dans aucun guide des incontournables, et c’est précisément pour cela qu’elle vaut le détour. La ville est rude, populaire, franchement peu touristique, mais elle a une densité que les destinations lisses n’auront jamais. Le Ver-o-Peso à l’aube, les piranhas sous la coque, la basilique dorée au milieu du tumulte : ces images-là ne s’effacent pas. Mon conseil : consacrez-lui deux jours, sortez tôt le matin, reposez-vous aux heures chaudes, et gardez la fin de journée pour les quais. Et si vous y allez maintenant, vous verrez une ville qui vient de se refaire une beauté.
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